"On n’est pas au spectacle." Le ton était donné dès les premières minutes de la première prise de parole du nouveau ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, à l'Assemblée nationale. Des cris ont retenti au sein de l'hémicycle que le président de l'Assemblée, Richard Ferrand, n'a pas réussi à faire taire. "C'est déjà compliqué pour moi, c'est une première (...) On ne juge pas des hommes sur des a priori", a déclaré l'avocat pénaliste faisant face à une vague de contestations. Avant d'ajouter: "Vous me jugerez sur les faits".

L'homme, surnommé "Acquittator" en raison du nombre impressionnant d'acquittements qu'il a obtenus, a créé la surprise en devenant le nouveau Garde des Sceaux et le nouveau ministre français de la Justice. Il avait confié dans une interview à La Libre notamment "qu'il ne pourrait jamais faire de politique". Des députés ont pointé du doigt, ce mercredi 8 juillet, ce changement d'avis soudain. "C’est vrai qu’à un moment j’ai dit que je n’accepterais pas cette tâche, il doit y avoir une dizaine ou une quinzaine d’années, a reconnu Eric Dupond-Moretti. Quand on est avocat pénaliste, on n'a pas la même parole que quand on représente l'État."


L'avocat pénaliste avait déjà été particulièrement observé lors de sa passation de pouvoir. "Je ne fais la guerre à personne", avait-il lancé, au lendemain des déclarations de l'USM, principal syndicat de magistrats, qui avait estimé que "nommer une personnalité aussi clivante et qui méprise à ce point les magistrats, c’est une déclaration de guerre à la magistrature".

D'autres craintes suite à sa nomination avaient été émises quant à son implication dans de nombreux dossiers médiatiques. Celle-ci laisse présager, selon ses détracteurs, d'éventuels conflits d’intérêts.