La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a créé un début de polémique mardi en faisant un lien entre migration et "protection du mode de vie européen", nouvel intitulé du portefeuille du commissaire chargé de ce dossier ultra-sensible.

Le Grec Margaritis Schinas, dont le pays est en première ligne des arrivées de migrants, sera l'un des neuf vice-président de la nouvelle équipe qui doit prendre ses fonctions le 1er novembre sera en charge de ce dossier très sensible.

Mais sa mission est la "protection de notre mode de vie européen", a annoncé Ursula von der Leyen. L'intitulé a laissé dubitative la salle de presse, curieuse de savoir ce qui se cachait derrière ce titre.

Les intitulés des portefeuilles des vice-présidences sont tous tirés du programme politique présenté devant le Parlement européen et rendu public, a alors expliqué Ursula von der Leyen lors d'une conférence presse de présentation de sa nouvelle Commission.

"Notre mode de vie européen, c'est s'accrocher à nos valeurs. La beauté de la dignité de chaque être humain est l'une des plus précieuses valeurs", a-t-elle dit, prié de justifier le lien entre l'intitulé du poste et le dossier migratoire.

Dans son programme, l'Allemande développe l'une de ses priorités, "protéger notre mode de vie européen", en plusieurs catégories, dont l'Etat de droit et la sécurité intérieure, ainsi qu'un point sur "des frontières solides et une nouvelle approche en matière de migration".

La dénomination a toutefois créé une certaine gêne, en particulier chez les opposants politiques au PPE, la famille de la droite conservatrice de Mme von der Leyen.

"Cela fait peur de voir proposer un portefeuille sur la +protection du mode de vie européen+ qui inclut la migration et la protection des frontières. Nous espérons que la présidente von der Leyen ne voit pas une contradiction entre soutenir les réfugiés et les valeurs européennes", a ainsi réagi la co-présidente du groupe des Verts au Parlement européen Ska Keller.

Son collègue britannique du groupe des sociaux-démocrates, Claude Moraes, a quant à lui déclaré qu'il soulèverait ce "vrai problème" auprès de son groupe, estimant sur Twitter qu'un portefeuille ainsi nommé ne pouvait pas exister.

"Message inquiétant"

"Le Parlement européen doit donner son accord" à la nouvelle Commission, a-t-il rappelé. Toute l'équipe présentée par Ursula von der Leyen doit passer des auditions devant les eurodéputés, qui devront confirmer les postes attribués.

En utilisant "la rhétorique de l'extrême droite +les migrants menacent le mode de vie européen+, et en liant la migration à la sécurité", l'intitulé de ce portefeuille "envoie un message inquiétant", a twitté un porte-parole d'Amnesty International, Stefan Simanowitz.

"Parler de la protection du mode de vie européen peut être vu comme une tentative de réponse aux angoisses de la société actuelle face à la migration, à la préoccupation des Européens qui alimente le vote protestataire", observe Eric Maurice de la Fondation Schuman.

"L'Europe est synonyme de sociétés ouvertes et démocratiques. Nous maintenons nos orientations politiques telles qu'elles ont été publiées en juillet", a réagi le porte-parole de Mme von der Leyen. "Et il serait utile que les gens s'intéressent aussi à ce qui est dans quel portefeuille et quels projets sont liés à un titre", a-t-il ajouté.

"La protection de notre mode de vie européen fait référence aux valeurs européennes, à savoir la tolérance, l'accueil, l'asile", a expliqué une autre source dans l'entourage de Mme von der Leyen.

"Mais cela n'était pas censé être le titre des attributions d'un vice-président de la Commission", a commenté une autre source européenne.