Avant un feu vert réglementaire de l'UE pour ce vaccin attendu vendredi, AstraZeneca a annoncé la semaine dernière que les livraisons seraient moins importantes que prévu au premier trimestre en raison d'une "baisse de rendement" sur un site de fabrication européen.

Le groupe a été convoqué à deux reprises lundi pour s'expliquer devant les Etats membres et la Commission européenne, qui négocie au nom des Vingt-Sept. Ses justifications ont été jugées "insatisfaisantes" et une autre rencontre était prévue mercredi soir.

Un haut responsable européen a assuré mercredi matin à l'AFP qu'AstraZeneca s'était "retiré" de la réunion, une information confirmée à la mi-journée lors d'une conférence de presse par une porte-parole de la Commission européenne.

Dans la foulée, un porte-parole du laboratoire apportait un ferme démenti: "Nous ne nous sommes pas retirés, nous assisterons à la réunion avec les représentants de l'UE plus tard dans la journée", a-t-il indiqué dans un communiqué transmis à l'AFP.

La même porte-parole de la Commission, relancée sur ce sujet, a alors reconnu que la situation était "en train d'évoluer concernant (cette) participation de représentants d'AstraZeneca à la réunion qui se tiendra ce soir".

Le torchon brûle, à propos de ces retards, entre le groupe britannique et l'UE, déjà à cran après des difficultés d'acheminement du vaccin Pfizer-BioNTech, le premier déployé dans le bloc. Et ce alors que la campagne de vaccination dans les 27 de l'UE est critiquée pour sa lenteur.

"Rien de mystérieux"

Bruxelles conteste les explications fournies par le PDG du groupe, Pascal Soriot, dans un entretien accordé mardi à plusieurs quotidiens européens, et dément notamment le principe de réserver au Royaume-Uni la production des usines britanniques.

"L'accord britannique a été conclu en juin (2020), trois mois avant l'accord européen (...) Londres a stipulé que l'approvisionnement provenant de la chaîne d'approvisionnement britannique irait d'abord au Royaume-Uni", déclare M. Soriot dans cet entretien.

Dans le contrat de précommande conclu par l'UE en août, portant jusqu'à 400 millions de doses du vaccin AstraZeneca/Oxford, "il est mentionné que les sites de fabrication britanniques étaient une option pour l'Europe, mais seulement plus tard", précise le Français.

Dans un passage publié par le quotidien italien La Repubblica, le patron insiste: "Nous ne sommes aucunement engagés auprès de l'UE (...) Ce n'est pas un engagement contractuel. On a dit: on fera de notre mieux, mais sans garantie de réussir".

"L'UE voulait plus ou moins autant de doses que le Royaume-Uni alors qu'ils signaient trois mois après. On a donc dit: on fera de notre mieux, mais nous n'allons pas nous engager contractuellement", observe-t-il.

Des propos qui ont fait réagir Bruxelles: "Nous contestons nombre d'éléments de cette interview, y compris l'idée que la production des usines britanniques serait réservée à des livraisons au seul Royaume-Uni. Ce n'est pas exact", a indiqué à l'AFP un haut responsable de l'UE.

"Sur l'idée de +faire de son mieux+: le contrat prévoit l'existence de capacités de production supplémentaires. De telle sorte que s'il y a un problème dans une usine en Belgique, nous puissions recourir aux capacités d'autres usines en Europe ou au Royaume-Uni", insiste-t-il.

"Nous avons une relations contractuelle avec AstraZeneca, et il est important d'avoir les réponses aux questions que l'on se pose", a également insisté une porte-parole de la Commission européenne.

Pour Pascal Soriot, les difficultés de "rendement" rencontrées dans son usine européenne s'expliquent par le retard pris par rapport au Royaume-Uni: les partenaires du groupe devaient "apprendre" le processus de production.

"Ils n'étaient pas aussi efficaces que les autres (...) Ce n'est vraiment pas de chance. Rien de mystérieux là-dedans", a-t-il simplement souligné.