L’Union européenne ou plus exactement ses États membres devraient s’engager à donner d’ici la fin de l’année au moins 100 millions de doses de vaccin(s) contre le Covid-19 aux pays qui en ont le plus besoin. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en a fait l’annonce, ce vendredi, dans le cadre d’un sommet sur la santé (partiellement virtuel) co-organisé à Rome par le gouvernement italien et l’exécutif européen. L’engagement a été formellement approuvé par les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-sept, ce mardi à Bruxelles, lors du sommet européen.

Prenant en compte le rythme actuel de vaccination, les doses disponibles, la possibilité de devoir inoculer une troisième dose, etc., la Commission européenne a calculé qu’il est tout à fait possible pour l’UE de faire le don de 100 millions de doses. Le président du Conseil européen, Charles Michel, s’est employé à en convaincre les dirigeants des États membres. Certains États membres estimaient qu’il faut d’abord que l’Union complète son propre programme de vaccination - ou du moins atteigne l’objectif de 70 % de la population adulte vaccinée à l’été.
Quinze pays, dont la France, qui plaide de longue date pour cette manifestation de solidarité internationale, et l’Allemagne ont déjà fait part de leur disposition à distribuer des doses aux pays en difficulté. La contribution belge pourrait atteindre 4 millions de doses d'ici la fin de l'année, à condition que les livraisons de vaccins soient assurées et que le processus de vaccination reste sur les rails.

Un complément du soutien à Covax

Cette distribution de doses compléterait les efforts européens déjà accomplis dans le cadre du programme international Covax, auquel l’Union contribue à hauteur de 1 milliard d’euros, pour assurer un accès équitable des vaccins à travers le monde.
Même si la réflexion européenne sur le don de doses de vaccin n’est pas neuve, le timing de l’annonce vise aussi à répondre au récent "coup de com" du président américain, Joe Biden. La proposition émise à la mi-avril par le nouvel occupant de la Maison-Blanche de lever les brevets des vaccins contre le Covid-19 avait pris les Européens de court, d’autant que cette idée les laisse dubitatifs.

Comme l’avait résumé Charles Michel à l’issue du sommet de Porto, plusieurs États membres de l’Union "pensent que ce n’est pas une solution magique qui résoudrait tout". Néanmoins, l’Europe veut se montrer constructive. Le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, a indiqué mercredi devant le Parlement européen qu’il présentera à l’Organisation mondiale de la santé une alternative à la levée des brevets, sous forme de "licences obligatoires", qui seraient octroyées par une autorité nationale, encadrées et assorties d’une indemnisation financière pour le détenteur du brevet.
Surtout, l'UE insiste sur le fait que c'est sur l'augmentation des capacités de production qu'il faut mettre l'accent, y compris hors de l'Europe. Exemple de possible coopération : ll'entreprise de biotechnologie Univercells, située à Jumet, a signé des accords avec deux centres de recherche et de production de vaccins, dont des vaccins contre le Covid, au Sénégal: l'Institut de Recherche en Santé, de Surveillance Épidémiologique et de Formation ainsi que l'Institut Pasteur de Dakar.

En attendant, l’Union entend démontrer qu’elle est concrètement à la pointe de la solidarité vaccinale. Jusqu’ici, Washington, qui a longtemps gardé les vaccins pour la population américaine, et interdit l'exportation de composants, s’est engagé à distribuer 80 millions de doses. L’Europe a déjà donné le feu vert à 941 demandes d’exportation vers 45 pays pour un total de 204 millions de doses. "En matière de solidarité, l'Union européenne n'a de leçon à recevoir de personnes", souligne un insider.