Autant de nouvelles qui laissent grandes ouvertes les questions sur un relâchement des contraintes à la mi-mai. Plus de 5.900 patients atteints par le Covid-19 étaient soignés en services de soins critiques lundi, un chiffre jamais atteint depuis la mi-avril 2020. Il devrait encore augmenter dans les jours qui viennent, selon l'Institut Pasteur.

Toutes pathologies confondues, les services de réanimation atteignaient en fin de semaine dernière une capacité de plus de 8.200 lits en France (contre un peu plus de 5.000 avant la crise), dont 90% occupés, selon les chiffres du ministère de la Santé. Augmenter leurs capacités impliquerait de déprogrammer une partie des soins moins urgents.

"On n'est pas au sommet" de la troisième vague, a prévenu Gilles Pialoux, le chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Tenon à Paris (AP-HP), sur BFM-TV. Avec des mesures qu'il a qualifié de "freinage lent", "il faut accepter qu'on va vivre probablement un plateau descendant, lentement descendant, avec une saturation des hôpitaux et une réanimation qui va se vider le plus lentement possible", a-t-il ajouté.

Le nombre de nouveaux cas s'est stabilisé à un très haut niveau la semaine dernière, avec entre 41.000 et 60.000 tests positifs quotidiens pendant les quatre jours qui ont suivi le week-end prolongé de Pâques.


Variant brésilien

La suspension des vols avec le Brésil est motivée par la crainte que la variante brésilienne du virus, baptisée P1, n'aggrave la situation sanitaire.

Le ministre de la Santé Olivier Véran a expliqué mardi devant l'Assemblée nationale que les contaminations comptent "80% de variant d'origine britannique et maintenant un peu moins de 4% des variants brésiliens et sud-africains". Il a fait état d'un "recul de ces variants parce qu'ils sont moins contagieux que l'anglais qui lui s'étend sur tout le territoire".

Le Premier ministre Jean Castex a justifié la suspension des vols "jusqu'à nouvel ordre" devant l'Assemblée nationale en arguant que "la situation s'aggrave" au Brésil. Le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari avait justifié peu avant le maintien de "quelques lignes" avec un protocole sanitaire "renforcé".

Au moment où l'Europe enregistre un total de plus d'un million de morts du Covid-19, la France a dépassé lundi les 99.000 personnes décédées depuis le début de l'épidémie et devrait franchir cette semaine la barre symbolique des 100.000 morts, en très grande majorité des personnes âgées, plus fragiles.

Régionales décalées

Le rythme de la vaccination n'autorise pas un relâchement des efforts. Seulement une personne majeure sur cinq (21%) a reçu une première dose de vaccin, et un peu plus de 7% a été vacciné avec deux doses. "Pour qu'une population soit protégée", c'est "80 à 85% de vaccinés dont elle a besoin", rappelle dans Le Parisien le virologue Bruno Lina, membre du Conseil scientifique.

La méfiance persistante envers le vaccin d'AstraZeneca, à la suite de cas exceptionnels de caillots sanguins, pourrait s'étendre à celui de Johnson & Johnson, attendu en France la semaine prochaine. Le régulateur américain vient de décider une pause dans son utilisation pour enquêter sur l'apparition de cas graves de caillots sanguins chez plusieurs personnes.

Après les premiers grands centres de vaccination, c'est en périphérie de Montpellier qu'a ouvert le premier "vaccidrive" de France, permettant de se faire vacciner, sur rendez-vous, en restant dans sa voiture, avec un objectif de 100 doses par jour.

Ce contexte laisse planer l'incertitude sur les conditions dans lesquelles le pays pourrait relâcher les contraintes sanitaires à la mi-mai, l'échéance fixée par Emmanuel Macron pour une réouverture progressive et sous contrôle des terrasses de cafés et restaurants et de certains lieux culturels. L'exécutif avait initialement laissé espérer, début mars, un retour à la vie normale à la mi-avril.

L'impact psychologique de la crise du Covid-19 et du confinement sur les enfants et les adolescents sera évoqué mercredi par Emmanuel Macron, lors d'une visite dans le service de pédopsychiatrie du CHU de Reims. Le chef de l'Etat avait été alerté mi-janvier par des pédopsychiatres sur la dégradation de la santé mentale des enfants et des adolescents depuis le début de l'épidémie.

Pour sa part, Jean Castex doit défendre mardi et mercredi devant le Parlement le maintien en juin des élections régionales, le cas échéant avec un décalage du 2e tour du 20 au 27 juin et donc du premier tour du 13 au 20.

L'épidémie de Covid-19 va par ailleurs coûter au total 424 milliards d'euros sur 2020, 2021 et 2022 aux finances publiques en France, a indiqué mardi le ministre de l'Action et des comptes publics Olivier Dussopt au Figaro.