Visages fermés, yeux parfois rougis par les larmes, ils étaient des milliers de militaires, anciens combattants, proches ou simples anonymes lundi sur le pont parisien Alexandre III pour dire un dernier adieu silencieux aux 13 soldats morts au Mali, au passage de leur convoi funéraire. Sur le pont où s'est formée une haie d'honneur de militaires, de pompiers et d'anciens combattants, le caporal Thomas, 25 ans, attend dans le froid, sous un ciel voilé. Il ne connaissait aucun des 13 militaires tués au Mali dans la collision de deux hélicoptères, mais "c'est notre devoir d'être là", estime-t-il.

"Je m'incline devant leur sacrifice", "ils sont morts pour nous tous", a déclaré solennellement Emmanuel Macron. "Ils sont morts en opération, pour la France, pour la protection des peuples du Sahel, pour la sécurité de leurs compatriotes et pour la liberté du monde, pour nous tous qui sommes là", a ajouté le chef de l'Etat, face aux 13 cercueils dans la cour d'honneur de l'Hôtel des Invalides, qui accueille depuis le XVIIe siècle vétérans et blessés de guerre.

Ce lourd bilan humain a fait l'effet d'un électrochoc en France, dont l'armée n'avait pas subi de telles pertes depuis l'attentat contre le QG français Drakkar à Beyrouth en 1983, qui avait fait 58 morts. Leur mort a également relancé les questions autour de l'engagement français au Sahel, où la situation sécuritaire ne cesse de s'aggraver, même si seul le patron de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon réclame ouvertement le retour des troupes. En revanche, presque six Français sur 10 (58%) sont favorables au maintien de l'opération, selon un sondage IFOP publié lundi.

Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta assistera aux côtés du gouvernement français et des familles des soldats à cet hommage organisé dans la cour d'honneur de l'Hôtel des Invalides, qui accueille depuis le XVIIe siècle vétérans et blessés de guerre et abrite le tombeau de Napoléon.

Le président Macron doit prononcer un éloge funèbre avant de remettre la Légion d'honneur, à titre posthume, à chacun des 13 soldats "morts pour la France", devant quelque 2.500 personnes.

Leurs hélicoptères sont entrés en collision alors qu'ils appuyaient des commandos parachutistes qui avaient repéré des pick-up suspects dans la zone frontalière avec le Niger et le Burkina Faso, une région servant de repaire à des groupes djihadistes affiliés à l'Etat islamique (EI) ou Al-Qaïda. Aucun des occupants n'a survécu.

Les 13 soldats tués, tous officiers et sous-officiers, servaient au 5e régiment d'hélicoptères de combat (5e RHC), au 4e régiment de chasseurs (4e RCH), au 93e régiment d'artillerie de montagne (93e RAM) et à la Légion étrangère.

L'opération française Barkhane mobilise 4.500 hommes dans la bande sahélo-saharienne, une étendue vaste comme l'Europe, pour lutter contre les groupes armés. Mais après six ans de présence ininterrompue, et 41 morts côté français, l'horizon est de plus en plus plombé.

Emmanuel Macron a annoncé jeudi vouloir réexaminer la stratégie des forces antidjihadistes françaises au Sahel, dans un contexte sécuritaire explosif, et appelé les Européens à s'engager davantage à leur côté. "Le contexte que nous sommes en train de vivre au Sahel nous conduit aujourd'hui à regarder toutes les options stratégiques", a lancé le chef de l'Etat.