Il était 10h ce mercredi matin lorsque le procès hors normes s'est ouvert. Pour rappel, 14 personnes sont jugées pour avoir été complices ou avoir apporté un soutien logistique aux frères Kouachi et Amédy Coulibaly. Très vite, les avocats ont été invités à s'exprimer à la barre. Bon nombre d'entre eux en ont profité pour ôter leur masque, afin de mieux se faire entendre. Si ce geste n'a provoqué aucune réaction dans la matinée, il en était tout autrement à 14h30, lorsque l'audience a repris.

Le président de la cour d’assises, Régis de Jorna, a rappelé que toute prise de parole devait absolument se faire au micro, avec le masque. "Il serait dommage que la barre devienne un cluster", a-t-il rajouté, précisant que ce serait pareil lors des prises de parole des accusés. "Donc, vous jugez un homme dont vous ne voyez pas le visage", s'est émue Me Beryl Brown, avocate de la Défense. "Sachez que si vous obligez le port du masque, on prend le risque qu’aucun des accusés ne parle", a déclaré un autre. "On ne peut pas juger des hommes comme ça!”, ont réagi d'autres personnes dans un brouhaha. Les avocats des parties civiles ne sont pas d'un autre avis. Pour eux, le port du masque pose problème, que ce soit au niveau de la compréhension des propos mais également quant à la perception des expressions du visage.

Face à l'indignation, le président a promis qu'il verrait si la règle ne peut pas être assouplie.

"Ce serait étonnant qu'il n'y ait aucune contamination"

Il n'empêche que l'épidémie de coronavirus va forcément impacter le procès. Hier/mercredi, un homme qui portait son masque sous le nez s'est rapidement fait rappeler à l'ordre. La salle pour le public n'était pas pleine, même si sa capacité a été fortement réduite.  

"Cela va être extrêmement désagréable deux mois et demi d'audience sans pouvoir voir le visage des gens. Certains accusés encourent des peines très lourdes: ça fait froid dans le dos de penser qu'ils seront jugés sans que la cour ne voie entièrement leurs expressions", a déclaré à l'AFP Safya Akorri, une des avocates de la Défense.

Olivier Cousi, le bâtonnier de Paris, approuve, et ajoute: "Peut-on prendre le risque d'une contamination?". "Et s'il y a, ne serait-ce qu'un cas positif dans la salle d'audience, que se passera-t-il? Cela serait étonnant que cela n'arrive pas".