Le bilan d'un coup de grisou dans une mine du nord-est de la Chine a doublé dimanche, à 87 morts, tandis qu'une vingtaine de mineurs restaient piégés à des centaines de mètres de profondeur au lendemain de la pire catastrophe minière dans le pays en deux ans.

L'explosion survenue très tôt samedi dans une mine d'Etat de la province du Heilongjiang, près de la frontière russe, a fait 87 morts et 23 disparus, a indiqué Guo Changqing, chef du Bureau des affaires étrangères.

Les opérations de secours se poursuivaient tard dimanche, a constaté une journaliste de l'AFP à l'entrée de la mine, lors d'une visite très encadrée par le même Bureau.

Toutes les quatre heures, des équipes d'une cinquantaine de sauveteurs se relaient dans l'espoir de trouver des survivants.

"On continue les recherches", a déclaré M. Guo devant la mine d'où s'échappait encore beaucoup de fumée, par une température proche de -10 degrés.

Les secours étaient compliqués par le fait que des mineurs travaillaient en 28 endroits différents et à quelque 500 mètres de profondeur au moment du coup de grisou.

Cet accident est le plus meurtrier en Chine, pays où le charbon fournit près de 70% de l'énergie, depuis une catastrophe minière dans la province du Shanxi qui a fait 105 morts en décembre 2007.

La mine de la ville de Hegang est l'une des plus vieilles et importantes de Chine et produit environ 1,45 million de tonnes de charbon par an. Un précédent bilan faisait état samedi de 42 morts.

L'explosion s'est produite alors que 528 mineurs étaient descendus. Le souffle a été ressenti jusqu'à 10 km à la ronde, selon les médias locaux.

"Nous étions en train de nous préparer à remonter lorsqu'a eu lieu l'explosion, qui a fait voler du verre et de la roche partout", a témoigné un mineur qui a pu remonter, Wang Xingang, au micro de la China National Radio.

"On s'est mis à courir et à crier d'évacuer, il y avait de la fumée partout, je n'y voyais plus rien et j'essayais de retrouver la sortie du puits de mémoire", a-t-il dit.

"J'étais avec un groupe de 10 mineurs (quand a été donné l'ordre de remonter), je ne sais pas si les autres s'en sont sortis", a déclaré un autre rescapé, Fu Maofeng, au journal East Asia Trade News, depuis son lit d'hôpital.

Les mineurs les plus près de la surface avaient été appelés à remonter en raison de niveaux de gaz jugés élevés dans les galeries. Quand Fu est arrivé à la surface, l'explosion a eu lieu. Quelque 400 mineurs ont ainsi pu remonter avant le coup de grisou, dont une soixantaine ont dû être hospitalisés pour des problèmes respiratoires ou des fractures.

Mais "six d'entre eux se trouvent dans un état critique", a indiqué à la radio Pan Xiaowen, directeur de l'Hôpital général de Hegang. L'entrée principale de la mine était bloquée par des amas de débris, forçant les équipes de secours, équipées de bouteilles à oxygène, à entrer par un puits adjacent, a constaté l'AFP.

La mine est la propriété du groupe public Heilongjiang Longmay Mining, basé à Harbin, la capitale provinciale.

Samedi le président Hu Jintao et son Premier ministre Wen Jiabao ont donné l'ordre de tout mettre en oeuvre pour les secours tandis que le vice-Premier ministre Zhang Dejiang s'est rendu sur place pour superviser les opérations, selon les médias officiels.

Le numéro un, le numéro deux et l'ingénieur en chef de la mine ont été démis de leurs fonctions, a annoncé l'agence CNS.

Les mines chinoises de charbon sont parmi les plus dangereuses au monde. Plus de 3.200 mineurs y sont morts l'an dernier, selon des statistiques officielles généralement jugées très sous-estimées.

Le gouvernement s'efforce toutefois depuis plusieurs années de faire fermer les petites mines privées, dont les gérants, motivés par l'appât du gain, sont souvent très négligents sur la sécurité.