Comme d’autres pays, la Belgique enregistre une hausse des demandes d’asile.

La Belgique enregistre une hausse significative des demandeurs d’asile turcs depuis le putsch manqué de juillet dernier et l’énorme purge qui a suivi.

Selon l’Office des étrangers, 171 ressortissants turcs ont introduit une première demande d’asile en octobre, contre 59 en septembre et 71 en août. En juin, avant la tentative de coup d’Etat, il n’y en avait qu’une vingtaine.

La Turquie est devenue en octobre le deuxième pays de provenance après la Syrie (223 cas) et avant l’Afghanistan (65), ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps.

Une évolution que le secrétaire d’Etat à l’Asile, Theo Francken, a jugée "remarquable et préoccupante", en réponse à une question de Nahima Lanjri (CD&V).

La même hausse est constatée en Allemagne où 4 437 Turcs ont déposé une demande d’asile de janvier à octobre 2016. C’est plus du double du chiffre habituel chaque année.

Défections à l’Otan

Parmi ces exilés politiques figurent des officiers turcs de l’Otan, a confirmé vendredi le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg. "Il est exact que des officiers turcs employés dans la structure de commandement de l’Otan ont sollicité l’asile dans les pays où ils travaillent", a-t-il dit, sans aller plus loin.

Le cas le plus récent est celui de militaires turcs travaillant à la base de l’Otan à Ramstein, dans le sud-ouest de l’Allemagne. Plusieurs d’entre eux, accompagnés de leurs familles, ont déposé une demande d’asile en Allemagne, a confirmé un responsable régional, Paul Junker.

La fuite des intellectuels et fonctionnaires pourrait porter un coup sévère à la Turquie. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau. Dans le passé, lors des coups d’Etat militaires des années 80, des intellectuels avaient émigré vers l’Europe de l’Ouest. "Ce pays exporte des cerveaux depuis près de deux siècles, pour des raisons différentes", explique le politologue Cengiz Aktar, qui était de passage cette semaine à Bruxelles, à l’invitation de l’ULB.

Les intellectuels visés

La purge vise les milieux intellectuels et contestataires. Selon le site Turkeypurge.com, créé par des journalistes turcs, 6 337 membres du personnel académique ont été licenciés sans préavis, 3 843 juges ont été démis de leurs fonctions, 186 médias ont été fermés et 144 journalistes ont été arrêtés.

La purge dépasse les membres présumés de la confrérie de Fethullah Gülen et vise aussi des membres de la communauté alévie ainsi que des militants kurdes.

Vendredi, la police turque a arrêté 73 universitaires soupçonnés d’appartenir aux réseaux gulenistes. Ils faisaient partie du corps professoral de l’université technique Yildiz d’Istanbul. Comme toujours, on les accuse d’avoir fait partie d’un "groupe terroriste armé". Les perquisitions ont été menées à l’aube aux domiciles et dans les bureaux des suspects, qui ont été transportés à l’hôpital pour des examens de santé puis au quartier-général de la police à Istanbul, a rapporté l’agence officielle Anatolie.

Un pouvoir sunnite

Cengiz Aktar définit le gouvernement turc comme "un régime autoritaire avec un appui populaire, ballotté entre un déclin économique et des errements diplomatiques". Sa principale force est d’avoir puisé des électeurs dans la Turquie profonde, anatolienne, qui s’est progressivement installée dans les villes turques, en urbanisation croissante. Selon lui, environ 18 millions de Turcs bénéficient d’une aide sociale ou autre à travers le parti dominant. "Le peuple en profite et vote AKP", conclut-il.

Le courant représenté par l’AKP d’Erdogan est celui du sunnisme majoritaire, qui a émergé comme une force politique et sociale après le coup d’Etat militaire de 1983. L’autre courant né dans ces années-là est celui des Kurdes. Ce qui explique la rivalité entre les deux courants et pourquoi aussi il y a probablement des Kurdes parmi les demandeurs d’asile en Belgique.