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Alors qu’on était sur le point de ne plus y croire, les Européens ont fini par trouver un accord qui devrait convaincre un peu plus les Britanniques de rester dans l’Union. "J’ai négocié un accord qui donne au Royaume-Uni un statut spécial dans l’UE", s’est félicité le Premier ministre David Cameron après deux jours de difficiles négociations .

De fortes réticences

Pendant toute la soirée ce vendredi, les phrases toutes faites ont tourné en boucle dans les oreilles des journalistes, au gré des fausses confidences lâchées dans toutes les langues, ici par un diplomate, là par un (Premier) ministre de passage en salle de presse. "Les progrès ont été enregistrés sur plusieurs points, mais certaines questions restent pendantes…" "Nous pensons avoir des solutions pour tout, mais cela doit être acceptable pour tout le monde…"

En réalité, les négociations ont, comme on pouvait s’y attendre, longtemps buté sur les points les plus sensibles des exigences britanniques. Condamné à surjouer la combativité, David Cameron a annoncé la couleur d’emblée en affirmant qu’il entendait obtenir un accord crédible aux yeux de ses concitoyens. Ce qui signifie des concessions supplémentaires de ses partenaires alors même que certaines capitales hérissaient déjà le poil face à plusieurs volets du projet de compromis qui se trouvait sur la table.

La question des relations entre membres et non-membres de l’Eurozone, tout d’abord. David Cameron souhaitait que son pays, qui s’en tient soigneusement à distance, puisse disposer d’un droit de regard sur les décisions prises par les Etats qui partagent la monnaie commune. Et, le cas échéant, saisir le Conseil européen d’une décision que Londres jugerait contraire à ses intérêts.

Pas question qu’un seul pays bénéficie d’un tel privilège qui s’apparenterait à une forme de veto, lui ont opposé la France et, notamment, la Belgique qui redoutent que les Britanniques n’utilisent cet outil pour freiner l’approfondissement de la zone euro. Mais en vain. David Cameron finira par avoir gain de cause sur ce point.

François Hollande était en outre vent debout contre toute exemption en matière de régulation financière susceptible d’avantager les établissements bancaires de la City par rapport à ceux de la zone euro.

Défendre l’Union

Côté belge, Charles Michel a pris la tête d’un (petit) groupe de pays décidés à défendre le principe d’une "Union toujours plus étroite" qui permet d’espérer, un jour peut-être, d’insuffler un peu d’esprit fédéraliste au projet européen. Une perspective que le Royaume-Uni refuse définitivement d’envisager et qui semblait fortement s’éloigner dans le brouillon d’accord concocté par Donald Tusk et ses juristes. Une formulation donnant satisfaction aux deux camps semblait se dessiner : ceux qui veulent aller de l’avant auront la liberté de le faire; les autres celle de rester en retrait. Désormais, plus de place au doute. "Le Royaume Uni ne fera jamais partie d’un super-Etat européen", a annoncé avec fierté le leader britannique qui s’est empressé de rappeler qu’il n’aime pas Bruxelles, mais bien son pays.

La Belgique, quant à elle, a obtenu l’inclusion d’une clause stipulant que si le référendum britannique aboutit malgré tout au Brexit, l’ensemble de ces accords seraient nuls et non avenus. Histoire d’éviter la tentation à d’autres Etats membres de s’emparer de cette base pour faire valoir leurs propres caprices.

Les pays de l’Est font front

Mais le plus gros écueil portait sur la volonté de David Cameron de restreindre l’accès à certaines prestations sociales aux travailleurs non nationaux. Alors que Donald Tusk proposait d’étaler graduellement l’accès à ces droits sur une période de quatre ans, le Premier ministre britannique a placé la barre très haut en exigeant une "quarantaine" pouvant aller jusqu’à… 13 ans. Une demande qui a fait s’étrangler les pays du groupe Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) qui ne semblaient pas disposer à aller au-delà d’une période de sept ans. Il n’en sera rien de toute façon. Le Royaume-Uni ne pourra appliquer le frein d’urgence que sur une période de sept ans. Et l’activation de ce mécanisme de sauvegarde serait là aussi liée à certains critères stricts, le pays demandeur devant démontrer que son système social est mis en danger en raison d’un afflux trop important de demandeurs étrangers.

Les pays d’Europe centrale et orientale calaient également sur les mesures qui permettraient de limiter les allocations sociales pour les travailleurs étrangers dont les enfants sont restés vivre dans leur pays d’origine. Ces aides seront finalement indexées sur le niveau de vie du lieu de résidence. Comme la Pologne l’exigeait, cette disposition n’aura pas d’effet rétroactif pour ses ressortissants déjà installés outre-Manche, mais ce uniquement pendant quatre ans.