Est-il nécessaire de livrer des armements aux Etats dont on sait la nature dictatoriale ou répressive des régimes, ou qui sont engagés dans des conflits ? La question est revenue sur le tapis cette semaine avec la sortie du rapport 2014 du gouvernement wallon sur les ventes d’armes qui indique que le volume a explosé. L’Arabie saoudite est le deuxième client le plus important des sociétés wallonnes d’armement. En un an, les licences d’exportation à destination de Riyad ont quadruplé, pour atteindre près de 400 millions d’euros.

Riyad dirige pour le moment une coalition militaire qui mène une campagne de bombardements aériens au Yémen voisin. Cette coalition, qui inclut aussi les Etats-Unis, tente depuis le printemps de faire refluer les combattants houthistes qui ont pris le contrôle d’une partie du pays. Or, plusieurs organisations de défense des droits de l’homme indiquent que des crimes de guerre sont commis par la coalition - mais l’Onu ignore jusqu’ici leurs appels à mener l’enquête.

Human Rights Watch et Amnesty International ont révélé que des bombardements ciblent des quartiers résidentiels, des mosquées, des hôpitaux et des écoles, en violation du droit international humanitaire. Sans parler de l’usage de bombes à sous-munitions, proscrit par les traités internationaux.

Attaques d’écoles yéménites

Amnesty persiste et signe dans un rapport publié ce vendredi. D’après l’ONG, les avions de la coalition saoudienne ont délibérément visé cinq écoles yéménites. Si les élèves ne se trouvaient pas dans les bâtiments, ces frappes ont fait cinq morts et au moins quatorze blessés, dont quatre enfants, parmi la population.

Si aucun élément ne permet de dire que des armements belges sont utilisés pour commettre ces crimes de guerre au Yémen, ce pourrait être le cas si l’Arabie saoudite mène une action armée au sol. "Elle en commet déjà aujourd’hui, pourquoi pas demain avec les tourelles de chars" fabriqués par CMI pour le compte de General Electric, demande Philippe Hensmans, le directeur de la section belge d’Amnesty International. On sait, depuis la signature du contrat l’an dernier que "tous les chars et véhicules blindés qui seront équipés de ces tourelles iront en Arabie Saoudite" , rappelle Cédric Poitevin, directeur adjoint du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grip). Et il ne fait guère de doute que ceux-ci seront des futures actions militaires saoudiennes.

Amnesty invoque donc le principe de précaution, demandant que tous les pays qui fournissent des armes à la coalition saoudienne suspendent "de toute urgence" leurs livraisons. D’autant plus que la région est déjà inondée d’armes. Et que son instabilité accroît les risques de voir ces armes passer dans des mains peu recommandables. Comme ce fut le cas, lors du pillage des stocks irakiens l’an dernier par le groupe Etat islamique. "Le risque de détournement depuis les stocks saoudiens n’est peut-être pas très grand mais le risque d’une mauvaise utilisation et la stabilité à moyen et long termes de la région posent questions", relève M. Poitevin, pour qui il est "sain qu’il y ait une réflexion au niveau belge et européen".

© DR