Elle n’a pas froid aux yeux ! Têtue et combative, Nadia El Fani ulcère les islamistes. Pourquoi ? Parce qu’elle a osé lever un tabou, celui de la religion. Ses cheveux teints en bleus, la réalisatrice franco-tunisienne provoque et milite à sa manière. Elle est la cible de violentes agressions depuis la diffusion de son court-métrage “Laïcité Inch’Allah !”. Ici, Nadia se met elle-même en scène, défiant les interdits. En cachette, elle s’est amusée à filmer les dessous de l’islam, à interroger ses compatriotes sur la question de la laïcité. Consciente du danger, la réalisatrice ne censure pas son documentaire. Les islamistes sont furieux, son interview sur la chaîne privée Hannibal TV déclenche des réactions virulentes. Les menaces de mort, photomontages, insultes fusent à la suite de ce passage télévisé où elle a déclaré « ne pas croire en Dieu ». Nadia El Fani ne pourra sans doute plus jamais remettre les pieds en Tunisie. Mais, attachée à ses convictions, ce petit bout de femme ne cède pas.

Nadia El Fani, femme entre deux mondes

De mère française et de père tunisien, elle a partagé son enfance et son adolescence entre les deux pays. Son courage et son engagement lui viennent sans doute de ses parents. Alors fonctionnaire, son père militait dans la clandestinité pour le Parti communiste tunisien.

Nadia se lance dans le cinéma en tant qu’assistante sur les tournages de Roman Polanski, Romain Goupil ou Franco Zefirelli. Après plusieurs court-métrages, elle crée sa propre société de production à Tunis. En 2011, elle reçoit le prix international de la Laïcité.

En plus de la haine des censeurs, Nadia El Fani a dû affronter une terrible épreuve dans sa vie de femme: le cancer. Aujourd’hui, après la Révolution arabe, elle va mieux. Mais une souffrance restera toujours enracinée au plus profond d’elle-même. Son pays lui manque… Il lui est difficile de vivre loin de sa Tunisie.