D’après les résultats validés par la Haute autorité de la primaire, la finale, dimanche prochain, opposera donc les deux anciens premiers ministres, Alain Juppé et François Fillon. Une chose est certaine : le député de la Sarthe a réalisé une très forte percée, qui lui a permis de parvenir largement en première position, avec plus de 40 % des voix. Laissant les deux favoris se déchirer, Fillon a terminé la campagne sur les chapeaux de roues.

Paradoxalement, les arguments de Sarkozy contre Juppé, taxé de candidat "mou", n’incarnant pas une véritable rupture avec la gauche, ont porté, mais ont davantage profité à Fillon qu’à l’ancien président de la République. Beaucoup d’électeurs ont également jugé sévèrement la personnalité de Nicolas Sarkozy, cerné par les affaires.

Programme ultralibéral et conservateur

François Fillon, pourtant Premier ministre de Sarkozy durant tout son quinquennat, est parvenu à passer pour un homme neuf, à même d’incarner le renouvellement à droite. Sans doute a-t-il également été servi par un programme certes très libéral, d’inspiration thatchérienne, mais qui avait au moins le mérite de la clarté. Sur les questions sociétales, François Fillon s’est positionné sur un programme très conservateur, qui a notamment rallié les partisans de la "Manif pour tous". L’ancien Premier ministre, qui a sillonné le pays durant plus de deux ans, a su sentir le pouls de la France de droite. Une France qui semble vouloir privilégier des positions claires, libérales et conservatrices, qui sont historiquement les siennes.


Le réveil de l’antisarkozysme

Alain Juppé, de son côté, n’est pas parvenu à réaliser le score escompté. Lui qui a fait la course en tête pendant des mois, partait largement favori. Mais son score est finalement plus faible qu’attendu. Certes, ses partisans s’attendaient à un effritement dans les derniers jours. Mais il ne pensait sans doute pas se faire dépasser par François Fillon, qui est longtemps passé pour un second rôle, au même titre que Bruno Le Maire.


Quant à Nicolas Sarkozy, sa campagne n’est jamais parvenue à véritablement accrocher. Lui qui avait prévu un "blast" après son entrée en campagne, en septembre, s’est rapidement confronté aux difficultés qui avaient déjà causé son échec à l’élection présidentielle de 2012. Le rejet, d’abord, qu’il suscite chez une grande partie de l’électorat. Nombre de votants, de gauche comme de droite, supportent mal sa manière d’hystériser le débat autour de sujets qui ne sont pas forcément au cœur de leurs préoccupations. L’antisarkozysme s’est ainsi très rapidement réveillé, après l’entrée en campagne du candidat Sarkozy. On ne peut exclure que la très large participation soit en grande partie liée à la volonté de nombreux votants, de droite mais aussi du centre et de la gauche, d’exclure définitivement Nicolas Sarkozy du jeu.

L’ancien hôte de l’Elysée a aussi été handicapé par les nombreuses affaires et casseroles qui le poursuivent, concernant notamment le financement de ses campagnes de 2007 et de 2012. Sa campagne, comme celle de 2007, visait à centrer le débat autour de son programme et de sa personnalité. Mais cette stratégie s’est finalement retournée contre lui.

Ralliements

Autre certitude : les électeurs ont privilégié le vote utile, puisque les trois principaux candidats ont récolté plus de 90 % des voix, les quatre autres devant se partager les miettes.

Parmi les déçus de la soirée : Bruno Le Maire. Lui qui voulait incarner le renouvellement et se présentait comme le troisième homme, termine finalement avec un score extrêmement décevant. Trop centré sur sa personne, et pas assez sur son programme, sa campagne n’est pas parvenue à convaincre. Dès ce dimanche soir, Bruno Le Maire a annoncé qu’il voterait pour son rival François Fillon, volant ainsi au secours de la victoire. Un ralliement qui en augure sans doute d’autres.

Désormais, c’est donc François Fillon, et non Alain Juppé, comme attendu, qui part largement favori pour le second tour. Mais, en cette époque où les électeurs, partout dans le monde, ont décidé de déjouer les pronostics, mieux vaut ne pas trop anticiper.