Florin Cioaba, en vacances sur le littoral turc, a causé de sacrées frayeurs à la communauté tsigane de Roumanie. Celui qui s’est autoproclamé roi des Roms du monde entier (pas moins), en 1997, serait actuellement entre la vie et la mort, maintenu dans le coma.

Florin Cioaba a hérité du titre de son paternel. Agé de 59 ans, il vit à Sibiu, en Transylvanie, où il a par ailleurs été conseiller municipal. Il affirme être le leader de 3 millions de personnes, mais il n’est pas le seul sur ce terrain. La communauté rom a trois leaders distincts, chacun s’estimant plus légitime que les autres : Florin Cioaba, Dan Stanescu, lui aussi roi autoproclamé, ainsi que Iulian Radulescu, "Empereur des Roms" !

Le père de Florin, Ion Cioaba, issu de l’ethnie des chaudronniers-nomades, a dans les années 70 participé aux premiers événements internationaux en faveur des droits des Roms. S’inscrivant dans la continuité, Florin prône la sédentarisation et l’intégration dans la société roumaine. Il n’a de cesse de mettre en garde Bucarest qui, d’après lui, "en dépit de mesures de façade, telles des bourses universitaires pour les Roms, va créer des générations entières d’analphabètes".

La Roumanie n’est en effet pas championne en matière d’intégration des Tsiganes. Florin Cioaba avait, on s’en souvient, écrit au président Sarkozy pour lui réclamer davantage de clémence envers les Roms, lui expliquant que, si certains d’entre eux quittaient la Roumanie pour trouver une vie meilleure en France, les forcer à rentrer au pays où plus rien ne les attendait n’était pas une solution.

Le roi a d’autres chevaux de bataille : la mémoire de l’holocauste et la reconnaissance par New Delhi de la filiation entre son peuple et l’Inde, pays d’où sont partis les Roms il y a près de 1000 ans. Afin, dit-il, que le monde et les Roms eux-mêmes connaissent mieux leur histoire. Mais Florin Cioaba a, pour le moment, fait chou blanc sur ses gros dossiers. L’image que projette son peuple ne l’aide guère.

Entre tradition et modernité

Tout comme son père, il a renoncé à la "loi rom" et à de nombreuses traditions - la voyance notamment -, intégrant l’Eglise pentecôtiste dont il est devenu un membre important. Florin Cioaba, qui a hérité d’une belle fortune, gère par ailleurs de nombreuses affaires.

Il avait fait particulièrement parler de lui, il y a dix ans : le mariage de sa fille âgée de 12 ans avec un garçon de 15 ans avait provoqué un véritable scandale. La Direction pour la protection de l’enfance de Sibiu avait, sous la pression de l’Europe, statué pour que les époux vivent séparément jusqu’aux 15 ans de la jeune fille. Le papa - qui s’est lui-même marié à 14 ans - avait accepté le verdict, déclarant vouloir faire évoluer les mentalités au sein de sa communauté.

Dans les faits, cependant, les habitudes ont la peau dure. Florin a d’ailleurs mis en place à Sibiu le premier tribunal rom, dirigé par son fils, pour régler des problèmes auxquels la justice roumaine, selon lui, "ne peut rien comprendre". Sans pour autant se substituer à la justice institutionnelle, assure-t-il.

C’est un peu l’éternel dilemme d’une communauté qui essaye de faire valoir ses droits mais demeure toujours en marge en Roumanie.