L'inflation au Congo a atteint 23,2 pc en 2005, contre 3,9 pc en 2004. C'est le coût, à court terme, des élections démocratiques.» Le vicomte Fons Verplaetse, gouverneur honoraire de la Banque nationale de Belgique, régulièrement consulté par son homologue congolais, regrette cette hausse brutale qui, dit-il, n'est pas due à la Banque centrale à Kinshasa mais aux promesses faites par les autorités congolaises en vue des élections.

«Dans tous les pays, dit-il de sa voix calme et mesurée, on fait des promesses à la veille des élections. Au Congo, on a ainsi payé trois mois d'arriérés de traitement aux fonctionnaires; ceux-ci se sont rués sur les marchés et l'inflation a monté. Elle baisse progressivement aujourd'hui, mais le mal est fait. Alors que la confiance était revenue, début 2005, dans la monnaie nationale (la population ne changeait plus ses francs congolais en dollars), cette hausse rogne l'image de «Banque-miracle» que s'était taillé la Banque centrale du Congo», explique M.Verplaetse.

Depuis 1974, la situation économique du pays n'a cessé de se dégrader. A l'arrivée de Laurent Kabila, un léger redressement avait été enregistré durant 6 mois mais les années 2000-2001 ont été le point le plus bas de l'économie congolaise. «Le pouvoir d'achat du Congolais n'était plus que le quart de ce qu'il était en 1960», résume notre interlocuteur. Cette chute était due à la baisse des activités économiques et à la hausse de la population.

«Joseph Kabila a eu le courage d'entamer un sérieux effort de redressement», explique M.Verplaetse: dévaluation de 85 pc; contrôle des stocks de billets; cours unique flottant. Grâce à cette politique, l'inflation a été ramenée de 550 pc en 2000 et 357 pc en 2001 à 25,3 pc dès 2002 et 12,8 pc l'année suivante. Et la croissance économique, de négative (-6,9 pc en 2000, -2,1 pc en 2001) est devenue positive (+3,5 pc en 2002, +5,7 pc en 2003, +6,8 pc en 2004 et +6,6 pc en 2005). «D'excellents résultats, commente M.Verplaetse, parce qu'avec un accroissement de la population d'environ 3 pc par an, cela garde une hausse réelle de l'économie de 3,6 pc/an.» (1).

Or, outre la hausse de l'inflation que le «cadeau» aux fonctionnaires a provoquée, on note également que l'équilibre budgétaire, atteint depuis 2002 (notamment par une hausse des recettes, la pression fiscale et parafiscale étant passée en 5 ans de 5 à 12 pc et une -trop- grande parcimonie des dépenses d'investissement), a disparu en 2005 à cause de la hausse des dépenses de consommation entraînées par le «cadeau». «C'est dangereux parce que cet équilibre est une des exigences du FMI pour que le Congo, en juin 2006, ait droit à une réduction de 90 pc de sa dette publique extérieure», souligne le gouverneur honoraire.

Le seul salut

M.Verplaetse convient que la population souffre, qu'elle ne mange pas assez: 75 pc des Congolais sont touchés par la malnutrition. Néanmoins, «le seul salut, pour le Congo, c'est l'orthodoxie financière. Durant la campagne électorale et après les élections. C'est le seul moyen de s'en sortir car le Congo est trop pauvre pour disposer d'assez d'épargne nationale pour investir de manière à garder un taux de croissance de 6 pc/an; il doit donc recevoir des ressources de l'étranger, qui n'iront pas au Congo sans une politique économique orthodoxe».

(1)Avec un accroissement économique de 6 pc/an, les Congolais, qui seront alors 125 millions, retrouveront en 2060 leur revenu par tête de 1960, quand ils étaient 15 millions.

© La Libre Belgique 2006