Des millions de Néerlandais ont voté mercredi en masse aux législatives où est en lice le député anti-système Geert Wilders, dont le score fera figure de baromètre de la montée du populisme en Europe.

55% des 12,9 millions d'électeurs potentiels avaient déjà voté peu avant 18H00 (17H00 GMT), selon l'Institut de sondage Ipsos, par une journée ensoleillée, contre 48% à la même heure lors des dernières législatives en 2012, mais contre 58% en 2006.

Les prédictions évoquent un taux de participation d'environ 80%, soit 8% de moins que l'actuel record de 88% atteint en 1977.

Après le Brexit au Royaume-Uni et la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine, tous les yeux sont braqués sur la formation de Geert Wilders, en recul dans les derniers sondages après avoir caracolé en tête durant des mois.

Déjà marquée par les questions de l'identité et de l'immigration dans ce pays de 17 millions d'habitants, la campagne a été phagocytée par l'éclatement le week-end dernier d'une crise diplomatique avec Ankara après l'interdiction faite par les autorités néerlandaises à des ministres turcs de participer à des meetings en faveur du président Recep Tayyip Erdogan.

"Attendons de voir les résultats", a déclaré Geert Wilders devant des journalistes présents en masse, après avoir voté dans une école de la banlieue de La Haye.

A plusieurs reprises dans le passé, l'élu à la chevelure peroxydée a vu son score dégringoler entre les prédictions des sondages et le résultat du scrutin, alors que le score de son Parti pour la Liberté (PVV) sera considéré comme un test avant des élections en France puis en Allemagne.

"Mais peu importe l'issue des élections aujourd'hui, le génie ne retournera pas dans la lampe et cette révolution patriotique, que ce soit aujourd'hui ou demain, aura de toute façon lieu", a-t-il assuré.

Les citoyens ont jusqu'à 20H00 GMT pour se rendre dans les milliers de bureaux de vote, avec une publication des premiers sondages de sortie des urnes dans la foulée.

"Ma mère n'avait jamais voté auparavant, mais maintenant elle a voté et elle incite toute la famille à le faire car la situation est grave", a souligné à l'AFP une jeune fille voilée désirant conserver l'anonymat, en route vers le bureau de vote.

Wilders en déclin

Votant à l'autre bout de la ville, le Premier ministre Mark Rutte a assuré que ce scrutin était "crucial": c'est "l'opportunité pour une démocratie comme la nôtre de mettre un terme à l'effet domino du mauvais populisme".

Selon les derniers sondages publiés mardi, son Parti populaire libéral et démocrate (VVD) distançait le PVV de Geert Wilders.

Dans son programme politique succinct, le député controversé a promis d'interdire l'accès des Pays-Bas aux immigrants musulmans, d'interdire la vente du Coran et de fermer les mosquées, dans un pays dont la population compte environ 5% de musulmans.

Le parti de Mark Rutte est crédité de 24 à 28 sièges sur les 150 que compte la chambre basse du parlement, loin de ses 40 sièges actuels. Celui de Geert Wilders, avec 19 à 22 sièges crédités, est talonné par les partis traditionnels, comme l'Appel Chrétien-démocrate (CDA) et les progressistes de D66.

Ayant longtemps dominé la politique néerlandaise, le CDA est presque assuré de se retrouver au gouvernement.

'Difficile de vivre ensemble'

Quant à Geert Wilders, même s'il finit en tête, il ne devrait pas figurer au gouvernement, les autres partis ayant promis de ne pas collaborer avec lui. Car le système électoral néerlandais à la proportionnelle presque intégrale oblige à créer des coalitions.

Dans un paysage fragmenté avec 28 partis candidats, la formation du gouvernement pourrait prendre des mois et nécessiter un accord à quatre ou cinq partis.

Par peur d'attaques informatiques, les voix seront intégralement comptées à la main et les résultats officiels communiqués mardi.

Les files étaient longues aussi dans le quartier du Schilderswijk à La Haye, où la majorité des résidents sont d'origine turque ou marocaine. "J'ai peur parce que je suis musulmane donc c'est aussi contre moi", confie Khadiga Kallouh, jeune étudiante de 22 ans, en référence aux promesses de "moins de Marocains" aux Pays-Bas de Geert Wilders. "Il devient très difficile pour nous de nous défendre."

"Je pense qu'on peut toujours vivre ensemble mais cela devient plus difficile", ajoute-t-elle.