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Après des semaines de controverse, les députés français ont adopté mercredi par une majorité "transpartisane" une proposition de loi visant à pénaliser les clients des prostituées.

Le texte punit l'achat d'actes sexuels d'une contravention de 1.500 euros. Avant d'entrer en vigueur, il devra cependant passer au Sénat qui devrait l'examiner d'ici fin juin.

Les députés ont voté le texte par 268 voix contre 138, 79 s'abstenant. Le camp du "oui" comprend une majorité de socialistes mais aussi des députés centristes et de l'opposition conservatrice. A l'inverse, une majorité de parlementaires conservateurs et d'écologistes, partenaires des socialistes au gouvernement, ont voté contre. "Nous nous réjouissons de cette majorité absolue et au-delà des clivages politiques", se sont félicités dans une réaction commune les trois initiateurs de ce texte, les socialistes Maud Olivier et Catherine Coutelle et le conservateur Guy Geoffroy.

A la base de leur démarche, la conviction que la prostitution est "une violence faite aux femmes" et que ce sont les clients qui en portent la responsabilité. "Le pas que nous venons de franchir aujourd'hui est immensément précieux. Il nous permet d'envoyer un signal de ce que la société juge souhaitable ou pas souhaitable. C'est aussi un signal à l'égard des réseaux", a réagi la ministre des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem, très engagée sur ce texte.

Les associations prônant l'abolition de la prostitution ont salué une décision "historique". "Pour la première fois en France, une loi qualifie et condamne l'achat d'un acte sexuel comme une violence", se félicite dans un communiqué le Mouvement du Nid.

Le texte s'inspire de la législation en vigueur en Suède, pays qui pénalise les clients depuis 1999 et affirme avoir réduit la prostitution de rue de moitié en dix ans.

Alternative à l'amende ou sanction complémentaire, un "stage de sensibilisation à la lutte contre l'achat d'actes sexuels" est prévu.

Le texte prévoit par ailleurs des mesures d'accompagnement social et professionnel pour celles qui veulent quitter la prostitution. Le gouvernement s'est engagé à mettre 20 millions d'euros par an sur la table pour financer ce "parcours de sortie de la prostitution" qui sera chapeauté par une association.

En France, on estime entre 20.000 et 40.000 le nombre de prostituées en France, dont des femmes d'Europe de l'Est (Bulgarie, Roumanie), d'Afrique (Nigeria, Cameroun), de Chine et d'Amérique du Sud.

Coïncidence ou effet du débat français, le débat s'est d'ailleurs rouvert ces dernières semaines en Allemagne et l'accord de coalition conclu entre Angela Merkel et le SPD prévoit une révision de la loi de 2002 qui légalise les maisons closes.

Globalement en Europe, deux politiques sont appliquées avec plus ou moins de succès: la sanction des clients ou des prostituées, notamment dans les pays nordiques, ou l'organisation de la prostitution, en particulier dans les maisons closes, comme en Allemagne et en Grèce.

En France, le débat s'est cristallisé pendant des semaines dans la société sur la légitimité des pouvoirs publics à légiférer sur un sujet d'ordre privé, mais aussi sur l'idée selon laquelle les prostituées sont des victimes sous le joug de violents réseaux mafieux.

Dans une société qui s'est profondément divisée en 2012 et 2013 sur un autre débat touchant la sexualité, celui du droit au mariage des homosexuels, les "pro" et "anti" pénalisation se sont affrontés à coups de lettres ouvertes et de pétitions allant jusqu'à la provocation sur un sujet tabou alimentant les fantasmes depuis la nuit des temps, entre légalisation des maisons de prostitution en 1804 et fermeture des maisons closes il y a près de 70 ans.