Les contrôles des femmes intégralement voilées en France se passent souvent sans incident mais dérapent dans certains cas comme à Trappes: les femmes évoquent alors les propos parfois injurieux des policiers qui, de leur côté, soulignent la difficulté de cette mission.

Selon un état des lieux dressé en juin, l'Observatoire de la laïcité a recensé 705 contrôles depuis l'entrée en vigueur en avril 2011 de la loi dont 423 de femmes entièrement voilées. La dissimulation du visage dans l'espace public constitue une infraction punie d'une amende pouvant aller jusqu'à 150 euros ou un stage de citoyenneté.

"Tu n'as rien à faire en France", "Tu devrais avoir honte, tu n'es qu'un fantôme ambulant": voilà des phrases que Sara, 29 ans, qui vient d'écoper de sa huitième amende pour port d'un voile intégral, a déjà entendues à l'occasion d'un contrôle, confie-t-elle à l'AFP.

"Les trois quart du temps, cela se passe sans aucun problème mais le reste du temps je tombe sur des policiers aux propos très violents, dont certains sont déjà allés jusqu'à faire peur à mes enfants", raconte cette habitante de Guebwiller en Alsace (est).

Cette musulmane de 29 ans, qui affirme avoir décidé seule de porter la "burqa" depuis deux ans, précise qu'elle ne refuse jamais de donner sa carte d'identité et de soulever son voile "même devant un homme" lorsqu'elle est contrôlée. "Je sais que ce que je fais est hors-la-loi, donc j'accepte le contrôle mais j'aimerais que les policiers fassent simplement leur boulot et qu'ils m'épargnent leurs commentaires".

Même constat pour Samia, 47 ans et habitant à Roubaix (nord): "je tombe de plus en plus souvent sur des policiers agressifs même si ce n'est pas la majorité et donc maintenant dès que je vois la police, j'ai peur".

Pour elle, "on nous traite comme des délinquantes pour un simple bout de tissu, c'est insupportable, on veut nous ôter notre liberté".

"Je trouve ça fou car je vais régulièrement en Espagne et au Portugal et je me sens mieux acceptée là-bas qu'ici. Depuis le vote de la loi, les gens se permettent beaucoup plus de choses, des remarques racistes, des gestes violents ou même parfois de nous cracher dessus", déplore-t-elle.

Stratégie de contrôle de territoire

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a reconnu lundi que "parfois ces contrôles se font avec difficultés".

Pour les policiers, "ce sont des contrôles très délicats, parce que cela touche un sujet sensible: la religion, et que cela concerne toujours des femmes", explique Nicolas Comte, porte-parole du syndicat de police Unité-Sgp FO, premier syndicat des gardiens de la paix. De plus, cela se passe "souvent dans des zones dites sensibles, avec un environnement qui a tendance à prendre fait et cause pour la femme contrôlée" ou cherche à faire "dégénérer" le contrôle, ajoute-t-il.

"On assiste, dans certaines zones, à une stratégie de contrôle de territoire, un peu sur le même modèle que le trafic de stupéfiants. On essaie de décourager la présence policière afin de pouvoir appliquer des règles qui ne sont pas celles de la République", estime-t-il.

La difficulté d'application de la loi est également pointée du doigt par le 2e syndicat des gardiens de la paix, Alliance qui précise que "les policiers ont des instructions extrêmements précises pour ces contrôles, car on sait pertinemment que, pour certaines personnes, on a à faire à du militantisme religieux".

Pour son secrétaire général adjoint, Frédéric Lagache: "Quand on contrôle quelqu'un qui a milité contre la loi, cela donne souvent lieu à des incidents".