France Michèle Rivasi et Yannick Jadot, les finalistes de la primaire, ont des profils semblables.

C’est un match qui a bien du mal à trouver sa place au soleil médiatique, coincé entre l’affrontement au sommet des poids lourds de la droite, d’une part, et les luttes intestines qui vont s’intensifiant à gauche, sur fond de délitement du hollandisme, d’autre part. La primaire du parti Europe-Ecologie-Les Verts, qui désignera son vainqueur ce lundi, a pourtant réservé un sacré coup de théâtre, avec l’élimination inattendue, dès le premier tour, de Cécile Duflot, figure de proue du mouvement. Le 19 octobre dernier, l’ancienne ministre n’avait obtenu que 24,41 % des suffrages, contre 35,61 % à Yannick Jadot et 30,16 % à Michèle Rivasi. L’un de ces deux-là défendra donc les couleurs écologistes, lors de la prochaine élection présidentielle.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les prétendants ont davantage de similarités que de différences. S’agissant du programme, d’abord : tous deux défendent la sortie du nucléaire, l’élection du Parlement à la proportionnelle, la mise en place d’un revenu de base universel ou encore la légalisation du cannabis. Leur parcours présente également des ressemblances, puisqu’ils ont fait leurs classes chez Greenpeace France. Michèle Rivasi, aujourd’hui âgée de 63 ans, en était même la présidente lorsque Yannick Jadot, 49 ans, était responsable des campagnes.

Leur relation n’a pas toujours été sans nuages : "Jadot était mon salarié, rappelait fin octobre Michèle Rivasi, dans une interview accordée au "Monde" . Mais il fallait un peu le rappeler à l’ordre, il jouait les mâles dominants."

Rien ne se passe comme prévu

Les deux candidats présentent tout de même quelques différences : là où Rivasi défend "une écologie populaire" solidement ancrée à gauche, Jadot, homme de compromis, se veut plus pragmatique. Ce qui ne l’empêche pas d’afficher des convictions bien trempées. Ce contempteur de longue date des traités de libre-échange a ainsi poussé récemment un violent coup de gueule contre l’accord économique et commercial avec le Canada (Ceta), au Parlement européen. Une intervention devenue virale sur les réseaux sociaux, au point de lui conférer un surcroît de notoriété bienvenu.

Qui va gagner ? Jadot, désormais plus connu et soutenu par l’appareil du parti, part favori. Mais souvent, chez les Ecologistes, rien ne se passe comme prévu. Ils se placent dans "une logique qui est celle de couper les têtes" , constatait récemment Jean-Vincent Placé, ancien dirigeant d’EELV entré au gouvernement début 2016. Yannick Jadot étant "le plus connu et le plus efficace, je pense que les Verts vont choisir l’autre !" Ainsi, en 2001, Alain Lipietz avait battu Noël Mamère, tandis qu’en 2011, Eva Joly l’avait emporté sur Nicolas Hulot. Quel que soit le gagnant, il aura peu de chances de jouer les premiers rôles lors de la présidentielle : toutes les études d’opinion donnent le candidat écologiste à moins de 3 % des suffrages. Jadot l’a d’ailleurs honnêtement reconnu début octobre, lors du débat du premier tour : "Je ne crois pas qu’il y aura de président écologiste en 2017."