Le procès des fabricants français des implants mammaires truqués PIP, un scandale sanitaire d'ampleur mondiale révélé en 2010 et qui a entraîné des milliers de plaintes, s'ouvre ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Marseille, dans le sud de la France.

Cinq dirigeants de la société Poly Implant Prothèse (PIP), aujourd'hui liquidée, dont son fondateur Jean-Claude Mas, 73 ans, comparaissent pour un mois dans un centre de congrès aménagé pour répondre des accusations d'escroquerie et tromperie aggravée. Ils risquent jusqu'à cinq ans de prison.

L'avocat de Jean-Claude Mas, Yves Haddad, a annoncé son intention de demander un renvoi du procès au motif notamment que son client n'avait pas reçu la convocation dans les délais.

Plus de 5.000 femmes, sur environ 300.000 ayant eu recours aux implants PIP, ont porté plainte dans ce procès. La plupart sont Françaises mais une centaine d'Argentines, par exemple, qui ont par ailleurs engagé une action civile dans leur pays contre les assureurs de PIP, sont représentées à Marseille.

En tout, quelque 300 avocats défendront les plaignantes pour comprendre comment une petite entreprise française a pu pendant dix ans fabriquer et commercialiser à travers le monde des prothèses remplies d'un gel de silicone impropre à un tel usage, à l'insu des organismes de contrôle.

Si aucune relation entre ces prothèses et l'apparition de cancers du sein n'a été établie en l'attente des résultats d'une étude épidémiologique à long terme, en revanche les cas de rupture des enveloppes et de fuite du gel de silicone se sont révélés anormalement élevés.

C'est ce phénomène qui a fini par alerter les autorités sanitaires. Plus de 4.100 cas de rupture ainsi que 2.700 réactions inflammatoires ont à ce jour été recensés. A titre préventif, de nombreuses femmes se sont fait retirer leurs implants après la révélation du scandale, dont 11.000 en France.

Les implants étaient commercialisés dans plus de 65 pays, particulièrement en Amérique latine (Venezuela, Brésil, Colombie, Argentine) où le recours à la chirurgie esthétique atteint des sommets et qui représentait plus de la moitié du marché pour l'entreprise en 2009.

L'Europe de l'Ouest (Espagne, Grande-Bretagne, Suède, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Portugal, Suisse) était l'autre grande région d'exportation. L'Europe de l'Est (Bulgarie, Hongrie, Russie, Bélarus, Pologne, République tchèque) représentait 10% du marché. Les produits étaient aussi vendus en Iran, Turquie, Israël, Syrie et dans les Emirats, de même qu'en Australie, Thaïlande, au Japon, à Singapour et en Chine.

Le gel frauduleux coûtait dix fois moins que le gel déclaré Nusil, soit une économie annuelle de plus d'un million d'euros.

"La formule était parfaite", assurait encore M. Mas après la découverte de la tromperie. La personnalité de ce mégalomane autoritaire, incarcéré du 6 mars au 29 octobre 2012 pour ne pas avoir payé sa caution, sera au coeur du procès.

Titulaire d'un simple baccalauréat scientifique, cet ex-visiteur médical découvre le monde des implants mammaires dans les années 1980 à une époque où la réglementation n'existe pas encore, et fonde PIP en 1991 à La Seine sur Mer (sud-est). Il y fait régner une ambiance de secte, selon d'anciens employés.

Les prévenus étant insolvables, les victimes ont peu de chance d'être indemnisées même en cas de condamnation.

Et pour certains avocats des victimes, il manque du monde sur le banc des prévenus, comme la société allemande TÜV (partie civile), chargée de certifier la conformité des prothèses avec les normes européennes, ou des chirurgiens esthétiques.