Attention, cette nouvelle vidéo du collectif L214 contient des images particulièrement choquantes.

Une association française de défense des animaux a diffusé jeudi des vidéos choc révélant l'abattage de vaches en gestation dans un grand abattoir municipal, une pratique légale mais qu'elle conteste.

L'association L214, qui milite pour le bien-être animal et l'abolition de la consommation de viande, a multiplié ces derniers mois la diffusion d'images montrant différents cas de maltraitance animale dans des abattoirs en France, ce qui a conduit à des inspections.

Les nouvelles vidéos, tournées clandestinement par un employé de l'abattoir de Limoges (centre), dévoilent que des vaches portant des veaux prêts à naître sont abattues, selon L214.

Or "il est interdit de transporter des vaches au-delà du huitième mois" de gestation, a affirmé à l'AFP Brigitte Gothière, porte-parole de l'association. Selon elle, les veaux figurant dans les vidéos "ont entre huit et neuf mois" de gestation car ils ont déjà des poils.

L'association a porté plainte contre X contre l'abattoir, le plus grand de France (300 à 500 bêtes par jour, 80 employés), pour cette pratique.

Ni la mairie, ni la direction de l'abattoir, interrogées par l'AFP, n'avaient réagi jeudi à la mi-journée à ces images et à ces accusations.

En France, 170.000 vaches gestantes sont abattues chaque année, d'après L214 qui a lancé une pétition pour interdire l'abattage des vaches avec leur foetus.

Parmi les vidéos choc diffusées ces derniers mois par l'association, les images de poussins broyés vivants, ou encore celles d'un élevage en batterie montrant des poules déplumées, une prolifération de poux, d'asticots, et des cadavres de volailles en décomposition avaient suscité l'émoi en France.

La pétition du collectif est disponible sur leur site internet.

Mauricio témoigne à visage découvert

Ni bobo, ni écolo, Mauricio, 47 ans, n'est pas non plus une petite nature. Immigré espagnol, il a grandi à la ferme, "la plus grande exploitation agricole de Galice", lance-t-il fièrement.

Jeudi, il a diffusé via le site internet de L214 des vidéos choquantes, témoignages, selon lui, de son quotidien à l'abattoir. On peut y voir notamment des foetus de bovins, certains à un stade très avancé, extirpés de l'utérus de leur mère tout juste abattue.

Mauricio est le premier "lanceur d'alerte" à témoigner à visage découvert pour L214. Et il sait que cela pourrait lui coûter cher.

Son salaire de 1.300 euros par mois très exactement et son précieux contrat à l'abattoir municipal: "C'était en 2009, j'étais en galère. Je venais de me séparer de la mère de mes enfants. Quand l'abattoir m'a proposé un CDI, j'ai enfin vu le bout", raconte-t-il à l'AFP dans son petit appartement de Limoges, qu'il partage avec un chaton.

"Nous sommes nombreux à l'abattoir à être choqués de ce qu'on voit là bas. Mais aucun ne parlera, on a peur", assure-t-il avec un fort accent espagnol. Comme lui, la moitié de ses collègues sont étrangers et supportent "humiliations et brimades", le prix à payer pour garder son emploi.

"J'ai le plus grand respect pour mes collègues, ils font un métier extrêmement éprouvant physiquement et mentalement", dit Mauricio. Mais "l'encadrement a un grand mépris pour les petits ouvriers comme nous. Si l'un d'entre nous se permet de remettre en cause le fonctionnement ou d'alerter sur les pratiques...". "Une fois, je me suis défendu. J'ai été convoqué et le supérieur m'a dit +tu fermes ta gueule et tu baisses la tête+", affirme-t-il.

"Papa, c'est pas normal" 

"Depuis 2013, je n'en peux plus", lâche l'ouvrier. "Bien sûr, je trouvais ces pratiques anormales. Mais autour de moi, tout le monde faisait comme s'il n'y avait pas de problème. Quand on se sent seul, on finit par se dire qu'on est fou. Je ne savais pas par où commencer", plaide Mauricio.

Et puis, en 2015, il a vu "à la télé les images diffusées par L214 sur les pratiques dans les abattoirs". "Et je me suis dit: +si ça c'est choquant, alors ce que j'ai vu moi, c'est quoi?"

Emu, il poursuit: "J'ai montré ces images à mon fils de 14 ans. Je lui ai dit +tu vois Loulou, ça se passe à l'abattoir+". Choqué, l'enfant a refusé d'en voir plus. "Il m'a dit: 'Papa, c'est pas normal'".

C'est le déclic pour l'employé de l'abattoir, qui contacte L214. Equipé d'une discrète caméra, de mai à septembre dernier, Mauricio sortira plus d'une vingtaine de vidéos des abattoirs, dont la direction, échaudée par les premières révélations de L214, avait interdit les téléphones portables au travail.

"J'avais peur pour moi et mon avenir mais je voyais ces veaux arrachés du ventre de leur mère, jetés encore vivants... Les derniers, je les ai caressés alors qu'ils étaient en train de mourir, et je me disais: 'ne t'inquiète pas, nous allons faire quelque chose'", lâche-t-il, les larmes aux yeux.

"Je sais qu'il y aura des représailles, que je vais probablement perdre mon emploi, mais je veux pas y retourner, c'est trop insupportable. Je sais aussi, au fond de moi, que ce que j'ai fait n'est pas mal. Ce qui était mal, c'était de continuer à participer et de ne rien dire", conclut Mauricio, que L214 s'est engagée à soutenir juridiquement.