La route chaotique qui relie l’aéroport de N’Djili à la capitale congolaise ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir : à grands renforts d’asphalte, Chinois et Japonais travaillent d’arrache-pied pour régulariser ce tronçon d’une vingtaine de kilomètres que certains ont fait autrefois en quatre heures, jonglant entre les nids de poule et les embouteillages...

Les travaux ne seront cependant certainement pas terminés pour le Sommet de la francophonie, qui doit se tenir à Kinshasa les 13 et 14 octobre prochain, mais la durée du trajet sera sérieusement raccourcie pour les dizaines de chefs d’Etat qui l’emprunteront, en outre, dans des cortèges sécurisés par la police.

Pour Kinshasa, le sommet se veut la vitrine d’un pays en pleine reconstruction, dopé par l’aide chinoise et qui a connu une croissance de son PIB de 6,9 % l’an dernier.

Mais l’opposition d’Etienne Tshisekedi et son Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) font pression sur la France et sur la Belgique pour qu’elles ne participent pas à la rencontre internationale, voyant leur participation comme une caution aux élections de 2011, jugées non crédibles par les observateurs nationaux et internationaux.

François Hollande a promis de donner sa réponse pour la fin août. Elio Di Rupo, dans les mêmes délais. On attend également la réponse de Rudy Demotte, le ministre-Président wallon, lui aussi socialiste.

Le 9 juillet, M. Hollande avait déclaré dans un communiqué que "les autorités de la RDC doivent démontrer leur réelle volonté de promouvoir la démocratie et l’Etat de droit". Mais lundi, répondant aux questions de la presse belge, le Premier ministre congolais Augustin Matata s’est dit "optimiste" après la visite faite à Kinshasa fin juillet par la ministre française de la Francophonie, Yamina Benguigui.

A Kinshasa, Didier Reynders a, en tout cas, assuré à ses interlocuteurs qu’il soutenait totalement la tenue du sommet à Kinshasa, auquel il a proposé de représenter la Belgique si MM. Di Rupo et Demotte ne pouvaient s’y rendre. "J’espère, de tous les pays, une représentation au plus haut niveau possible", a-t-il dit après une rencontre avec le ministre congolais des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda.

Beaucoup, à Kinshasa, ne comprendraient pas pourquoi la Belgique n’enverrait qu’une délégation sub- alterne à un sommet qui se tiendra pour la première fois au Congo. "Les Belges laissent l’initiative aux autres alors qu’à Kinshasa tout le monde attend les Belges", s’insurge un expatrié.

En Belgique, le problème est aussi lié aux élections communales qui se tiennent le 14 octobre. Ni Elio Di Rupo, qui se présente au maiorat de Mons, ni Rudy Demotte, qui brigue Tournai, n’ont envie de rater les communales. Du coup, les diplomates travaillent sur un voyage éclair qui verrait la délégation belge arriver à Kinshasa le vendredi 12 octobre en soirée pour repartir après le dîner de gala le samedi soir, avec un retour en Belgique le dimanche 14, jour du scrutin.

Pendant que les Belges cherchent à couper la poire en deux, les travaux continuent à Kinshasa qui tente de se refaire, en vitesse, une beauté.