C’est un des grands regrets de François Hollande : que Barack Obama, en septembre 2013, ait finalement renoncé à une intervention militaire de la communauté internationale en Syrie, contre le régime de Bachar al-Assad. Assez logiquement, le chef de l’Etat français a donc apporté son soutien à l’opération lancée par Donald Trump. Dans un communiqué commun avec Angela Merkel, Hollande a ainsi affirmé qu’Assad portait "l’entière responsabilité" de cette frappe. "Je considère que cette opération était une réponse, a par ailleurs précisé le chef de l’Etat. Elle doit maintenant être poursuivie au niveau international, dans le cadre des Nations unies."

A Paris, l’événement a aussi été interprété à l’aune du psychodrame présidentiel, à quinze jours du premier tour du scrutin. Les principaux candidats ont tous réagi, affichant sur le sujet des différences marquées. Benoît Hamon et Emmanuel Macron, tous deux anciens ministres de Hollande, ont exprimé des positions qui se sont révélées les plus proches du chef de l’Etat. "Bachar al-Assad est directement responsable de la riposte décidée par les Etats-Unis, a déclaré le candidat socialiste. […] Il a gazé des enfants, massacrés par des armes chimiques, ce qui est un acte criminel inacceptable et insupportable." Même son de cloche chez Macron, qui en a appelé à une "action coordonnée sur le plan international en représailles au régime de Bachar al-Assad", qualifié d’"ennemi" du peuple syrien.

Les trois autres principaux postulants, historiquement partisans d’un "dialogue" avec la Russie ont logiquement émis davantage de réserves. "On ne peut pas accepter qu’un dirigeant enfreigne les lois internationales comme viendrait de le faire Bachar al-Assad", a estimé François Fillon, en soulignant toutefois qu’il fallait avoir des "preuves" de l’implication du régime syrien dans le massacre, avant de "condamner".

Le candidat des Républicains s’est dit en revanche opposé à une intervention militaire contre Assad, qui risquerait selon lui "d’aboutir au même résultat qu’en Irak." Le Sarthois a aussi déclaré craindre une "escalade qui peut conduire à un conflit généralisé".

Revirement américain

La réaction de Marine Le Pen, candidate a priori la plus proche de Donald Trump, était également attendue. Or la présidente du Front national, tout comme Fillon, s’est montrée critique vis-à-vis de l’intervention américaine. "Est-ce que c’est trop demander d’attendre les résultats d’une enquête internationale indépendante avant d’opérer ce genre de frappes ?" s’est-elle interrogée, vendredi matin, sur France 2.

Mais le plus virulent a finalement été Jean-Luc Mélenchon, qui a tancé dans un tweet "Hollande et Merkel [qui] portent l’entière responsabilité de donner à Trump le pouvoir solitaire de frapper qui il veut quand il veut." Même si l’enjeu a évidemment quelque chose de dérisoire, au regard du drame syrien, les observateurs ont commencé à s’interroger sur les conséquences que pourrait avoir le revirement américain sur la campagne française. "Il est trop tôt pour se prononcer, précise à "La Libre" Bernard Sananès, président de l’institut de sondages Elabe. On ne sait pas encore la tournure que ce sujet va prendre dans le débat."

Offensive

Chacun comprend cependant que le contexte - avec également l’attentat de Stockholm - est propice à ce que les sujets régaliens se retrouvent au cœur de cette fin de campagne. Dans le camp de Fillon, on compte sur cette séquence pour faire valoir l’expérience de l’ancien Premier ministre sur les sujets liés à la géopolitique, au terrorisme et à la sécurité. Concernant le conflit syrien, le député LR Bernard Debré a ainsi taclé sur Public Sénat Emmanuel Macron, un "gamin" qui "n’y connaît rien".

Mais rien ne prouve que cette offensive, si elle devait se développer, porte ses fruits. "Jeudi soir, lors de ‘L’émission politique’, Emmanuel Macron a plutôt été convaincant sur ces thèmes, et il en avait justement appelé à une intervention militaire, rappelle le politologue Olivier Rouquan, chercheur associé au Cersa. Il a marqué des points en termes de ‘présidentialité’."

Il est en fait un peu tôt pour savoir vraiment comment les débats vont se cristalliser. La position de la France, et celle des candidats, évoluera bien sûr au fil des événements. Ce sera aussi le cas de l’opinion, souvent fluctuante sur ces questions.