Le retour en classe hier, après la fusillade de l’école élémentaire de Sandy Hook dans le Connecticut, a été difficile aux Etats-Unis. "Je fais une psychose", déclare Samantha Adam, mère de trois enfants, qui a déposé deux d’entre eux dans leur école publique de Manhattan trois jours après la tragédie. "Nous avons reçu une lettre de l’administration nous disant que les mesures de sécurité allaient être renforcées et nous demandant d’apporter une rose pour Doris, l’agent de la sécurité qui garde l’entrée."

En 1997, pas moins de cinq tueries dans des écoles américaines ont provoqué la mise en place d’une vaste politique de sécurisation des établissements scolaires au niveau national. La construction de nouveaux bâtiments a intégré ces nouvelles normes, avec des entrées uniques et des portes qui se ferment de manière automatique, des couloirs plus larges et sans recoin pour se cacher, des systèmes de communication avec la police et d’annonces sophistiqués, un numéro vert que les enfants peuvent appeler en cas de danger.

Après le massacre du lycée de Columbine en 1999, des milliers d’agents de police ont été déployés à l’accueil des écoles. La plupart des lycées et des universités sont pourvus de détecteurs de métaux et de caméras de sécurité. Les séances de préparation aux catastrophes incluent désormais le scénario du tueur fou. A Manhattan (comme en Belgique d’ailleurs), les parents des écoles primaires doivent fournir une liste de trois personnes autorisées à venir chercher les enfants à la sortie. "Si je change de baby-sitter, je dois les en informer", explique Samantha Adam. Les partisans du port d’armes voudraient aller jusqu’à armer le corps enseignant pour dissuader les crimes dans l’enceinte de l’établissement.

Malgré ces outils de prévention, les experts en sécurité scolaire sont unanimes : la meilleure préparation ne peut rien faire contre la détermination d’un meurtrier sans merci. "Aucune mesure de sécurité n’aurait pu stopper ce qui s’est passé", indique Bill Bond, spécialiste du sujet pour l’Association nationale des directeurs d’écoles secondaires. "Quand vous laissez des dérangés mentaux s’armer comme s’ils partaient en guerre, ils partent vraiment en guerre."

Approche psychologique

Avec le recul et l’expérience des récents massacres, la profession mise désormais sur une approche psychologique plutôt que sur la force préventive. "La première ligne de défense, et la meilleure, est d’avoir un encadrement et des étudiants bien informés", explique Kenneth Trump, président d’une société privée spécialisée dans la sécurité des écoles. Il faut encourager le dialogue et les relations de confiance entre le personnel et les élèves. "La première source pour savoir s’il y a des armes à l’école n’est pas un détecteur de métaux mais la parole d’un enfant qui fait confiance à un adulte à qui il va le rapporter."

Au cours des dix dernières années, les programmes d’aide psychologique et de conseil ont été fortement renforcés dans les écoles américaines. Une attention particulière est apportée à la violence à l’école et sur Internet, à travers de grandes campagnes nationales. Le but est de minimiser cette violence et d’identifier les personnes à risque. Le profil type de l’agresseur commence à être connu : il s’agit en général d’une personne isolée, souffrant de troubles du comportement et qui peut avoir elle-même souffert de violences physiques ou psychologiques. Or, détecter ce genre d’individu coûte cher, à une époque où les budgets publics pour l’enseignement sont réduits. Aussi alarmante qu’elle soit, la fusillade de Newtown reste cependant une exception. Selon le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), seulement 1 % des homicides touchant des enfants se produisent dans le cadre scolaire. Les salles de classe demeurent un endroit sûr.