La chaîne de télévision américaine CNN, qui a divulgué sur son site internet une première version des faits recueillie auprès des "héros" américains ayant maîtrisé le tireur, évoque une attaque survenue "sur le sol belge". Découvrez les témoignages des témoins de la fusillade et des militaires américains et la vidéo du suspect maîtrisé par les 2 militaires américains

"Quand il est arrivé, j'ai entendu clic-clic-clic et j'ai cru que c'était un jouet", raconte Damien, 35 ans, sous le choc, passager du Thalys entre Amsterdam et Paris où un homme armé a fait feu vendredi, blessant deux personnes.

"J'étais en train de lire un magazine et lorsque j'ai entendu du bruit dans l'autre wagon, je me suis levé", explique cet homme originaire de Paris, dans un gymnase d'Arras (nord) où ont été accueillis les passagers de ce Thalys. "Je me suis dit qu'il y avait une embrouille entre deux personnes. J'ai vu alors une personne avec un tee-shirt noir aller au fond de mon wagon, comme s'il s'échappait", détaille-t-il, alors qu'il était en voiture 13.

Une autre personne, le tireur présumé, qui était torse nu, "s'est arrêté entre les deux wagons, il a tiré, ça a fait 'clic-clic-clic', sans faire de coup de feu comme dans les films", a-t-il dit, précisant qu'il n'avait pas entendu le bruit des balles. "Le mec torse nu est ensuite retourné dans le wagon 12 et une personne avec un tee-shirt vert, rasé, (selon les premiers éléments le militaire américain, ndlr) l'a vu, s'est jeté sur lui et l'a plaqué au sol".

Quand on lui demande à quoi ressemble le suspect, Damien répond: "j'ai vu qu'il était torse nu, assez fin et sec, mais quand il est arrivé, j'ai bloqué sur le flingue", dit-il encore sous le choc d'une scène "qui n'a pas duré plus de quinze secondes".

Christina Cathleen Coons, New-Yorkaise en vacances en Europe, se trouvait, elle, en voiture 12. "Nous avons entendu une fusillade. J'ai entendu des coups de feu, sans doute deux, et un type s'est écroulé", relate-t-elle. "Une femme au fond, peut-être une quarantaine d'années, à côté de son époux, a vu la vitre au-dessus d'elle se briser à cause du coup de feu, la balle aurait pu l'atteindre", glisse cette passagère de 28 ans, menue, cheveux bruns coupés courts. "Un type est tombé sur le sol et avait du sang partout, apparemment il était touché au cou", poursuit-elle, montrant des photos de la scène, qui font désormais le tour du monde des réseaux sociaux.

Christina Cathleen Coons est resté plaquée au sol, d'où elle a pris ces photos avec son smartphone: "je pensais qu'il y allait avoir une fusillade dans le train", ajoute-t-elle. "Des gens sont venus pour le soigner", raconte-elle encore au milieu du gymnase où le personnel de la Croix-rouge distribue des bouteilles d'eau aux passagers.

D'un pas lent, transportant de nombreux bagages, Amy quitte le gymnase où elle a répondu aux questions de la police judiciaire, comme de nombreux autres passagers du Thalys. Encore choquée, son mari Joe la réconforte. Elle était tranquillement assise dans le train quand la vitre derrière elle s'est soudainement brisée par un impact de balle. "Nous exprimons notre grande gratitude envers ces messieurs, ces deux hommes qui ont arrêté le tireur. Je n'ai pas vu la fusillade", témoigne cette Américaine, habituée à voyager en Europe avec son mari. "J'ai vu la vitre tomber au-dessus des épaules de ma femme", explique son mari. "Je remercie ces deux hommes qui avaient un tee shirt des Lakers et un maillot de football. Je suis fier qu'ils aient réagi rapidement, empêchant un désastre", ajoute-t-il, précisant qu'il n'y avait "pas plus de six ou de sept personnes dans ce wagon, une première classe" du Thalys.

Laurent, lui, était monté à Anvers, et était dans le wagon suivant. "Le personnel du Thalys s'est rué dans notre voiture en courant, on se demandait ce qui se passait", explique ce Parisien d'une quarantaine d'années. "Une dame est arrivée dans notre train criant 'il a reçu une balle, il perd du sang ! est ce qu'il y a un médecin ?'" "J'ai hésité à y aller car comme il y avait une blessure par balle, il y avait peut-être un tireur, d'autres personnes sont revenues disant que la personne a été neutralisée, j'y suis allé", explique-t-il. "J'ai vu une personne au sol, une autre personne lui faisait un garrot au niveau du cou, je le voyais bouger", dit cet homme, qui dit avoir des notions de secourisme. "La dame était paniquée, demandant pourquoi le train continuait à rouler et pourquoi les secours n'étaient pas là, on l'a rassurée", ajoute-t-il. "Il y avait aussi une personne ligotée au sol, saucissonnée", dit-il, faisant allusion au tireur. "Il y a eu énormément de panique", conclut-il, avant de rejoindre la gare d'Arras pour regagner enfin Paris. "Le train traversait la Belgique à grande vitesse quand l'homme est sorti des toilettes, torse nu avec un fusil à l'épaule", indique CNN.


Les héros US racontent leur histoire sur CNN

"Mon ami Alek (Skarlatos) a crié 'Get him!' ('Attrapez-le!'), alors Spencer (Stone) s'est immédiatement levé pour se jeter sur le gars, suivi par Alek puis par moi-même", a raconté le civil du trio, Anthony Sadler, à la chaîne de télé. "A trois, nous le frappons. En faisant ça Spencer reçoit plusieurs coups de cutter, tandis qu'Alek éloigne l'arme à feu. (...) Je commence alors à le ligoter avec l'aide de Chris, un autre passager (un Britannique, selon différents médias, ndlr). Je remarque qu'un homme a une coupure à la gorge, Spencer presse la blessure pour éviter qu'il ne saigne trop", continue le passager nommé Anthony Sadler.

Spencer Stone, un des deux militaires, souffre de coupures à la tête, au coup et au pouce, raconte CNN, qui précise avoir appris auprès d'une source sécuritaire que le suspect était un sympathisant de l'Etat islamique. Anthony Blondeau, porte-parole de la ville d'Arras, a précisé à la chaîne américaine qu'en-dehors des deux personnes hospitalisées, dont le militaire, un autre passager avait été légèrement blessé à la main: l'acteur Jean-Hugues Anglade.


L'ancienne ministre Inge Vervotte était dans le train

L'ancienne ministre Inge Vervotte a vécu de près l'agression armée à bord d'un Thalys, vendredi en fin d'après-midi, puisqu'elle était elle-même passagère de ce train, assise quelques wagons plus loin que le tireur. Contactée par Belga, elle raconte samedi que l'alarme s'est déclenchée dans le train, avant qu'un accompagnateur visiblement très nerveux n'indique qu' "un incident a eu lieu avec un homme avec une kalachnikov, au cours duquel il y a eu des blessés". Les passagers n'ont pas reçu davantage d'informations, mais ont rapidement pu remarquer que le train ne roulait plus sur une voie à grande vitesse en direction de Paris, précise Vervotte, qui se rendait dans la capitale française pour une exposition.

Les passagers autour d'elle n'ont pas paniqué, indique l'ancienne ministre, même si de plus en plus de détails circulaient grâce à ceux qui consultaient des sites d'information sur leur smartphone. Quand le train est arrivé à Arras, la police et les secours étaient déjà sur place. Les passagers ont été accueillis dans une salle de sport, avec de l'eau et de la nourriture.

La politicienne flamande a choisi de quitter relativement rapidement le lieu pour retourner à la gare et prendre un autre Thalys. Elle est arrivée vers minuit à Paris.


Une médaille pour saluer "la solidarité des héros"

En remettant la médaille de la ville d'Arras à deux Américains ayant intercepté vendredi soir l'homme qui s'apprêtait à commettre un carnage dans un train Thalys en provenance d'Armsterdam, le maire d'Arras Frédéric Leturque a voulu saluer "la solidarité de ces héros", a-t-il expliqué à la presse samedi.

"J'ai décidé, en toute discrétion, de leur remettre la médaille de la ville pour saluer la solidarité de ces héros", a affirmé M. Leturque (UDI), lors d'une conférence de presse informelle devant la gare d'Arras.

"Ce geste prouve qu'il y a encore de la solidarité, du devoir dans ce monde avec ces personnes qui se sont fédérées pour gérer la situation", a-t-il ajouté.

Le maire a remis la médaille au jeune militaire américain Alex Skarlatos et à l'étudiant Anthony Sadler ainsi qu'à un de leurs amis britanniques qui voyageait avec eux, Chris Norman, un consultant, plus âgé, car ils étaient en vacances ensemble.


Hollande recevra "dans les prochains jours" les personnes ayant maîtrisé le tireur du Thalys 

François Hollande "recevra dans les prochains jours à l'Elysée" les personnes ayant maîtrisé le tireur du Thalys Amsterdam-Paris "pour leur témoigner la gratitude de la France", a annoncé samedi l'Elysée à l'AFP.

Le président de la République "s'est entetenu ce (samedi) matin au téléphone avec plusieurs des citoyens américains et français qui ont permis de (le) maîtriser", a ajouté l'entourage du chef de l'Etat.


Obama a souhaité une "rapide et complète convalescence" à toutes les victimes de la fusillade

Barack Obama a salué l'action "héroïque" de deux militaires américains ayant maitrisé le tireur. M. Obama a exprimé sa "profonde gratitude pour le courage et la réactivité de plusieurs passagers, y compris des membres de l'armée américaine, qui ont de manière altruiste maitrisé l'assaillant".

Il a rendu hommage aux "actions héroïques" qui ont probablement empêché une "tragédie bien pire", précisant que les Etats-Unis allaient rester en "contact étroit" avec les autorités françaises pendant l'enquête qui ne fait que commencer. Le président américain a souhaité une "rapide et complète convalescence" à toutes les victimes de la fusillade. Le commandant William Urban, porte-parole du Pentagone, a indiqué à l'AFP "qu'un membre de l'armée a été blessé au cours de l'incident". Selon lui, son pronostic vital n'est pas engagé mais il n'était pas en mesure de donner d'autre détail.

Une source policière française a indiqué que le suspect, si son identité était confirmée, faisait l'objet d'une fiche des services de renseignements. Selon les tout premiers éléments de l'enquête, il serait Marocain ou d'origine marocaine et âgé de 26 ans. Le Premier ministre belge Charles Michel a qualifié l'incident d'"attaque terroriste".