Fiché, passé par la Syrie, radicalisé: le parcours devenu trop classique des fous d’Allah.

Originaire de Tétouan, à en croire son profil Facebook, Ayoub El Khazzani, le présumé terroriste marocain, âgé de 26 ans, qui a bien failli provoquer vendredi un véritable carnage dans un Thalys reliant Amsterdam à Paris, était loin d’être inconnu au bataillon en Europe. L’intéressé avait été repéré dès 2012 et fiché en Espagne avant d’être signalé dès 2014 à la France et à la Belgique, expliquent nos confrères de la DH.

"Le suspect a vécu en Espagne, à Algesiras (Andalousie) pendant un an, jusqu’en 2014, puis a décidé de déménager en France" , a indiqué hier une source des services de lutte antiterroriste espagnols. "Une fois en France, il s’est déplacé en Syrie, avant de rentrer en France". Il apparaît qu’il a également transité par la Belgique où il aurait notamment séjourné en 2014 en Flandre.

Comme plusieurs milliers d’autres personnes qui sont soupçonnées d’avoir des liens avec le terrorisme, Ayoud El Kahzzani a fait l’objet en France d’une "fiche S" (pour Sûreté de l’État) mais sans que cela implique pour autant sa surveillance rapprochée.

Hormis une affection particulière pour la religion, en apparence, il ne donnait pas l’impression d’être marginalisé à outrance. Passionné par les animaux, amateur de football et du Real, Ayoub El Kahzzani passait relativement inaperçu aux yeux de son entourage. Il était même membre d’un groupe nommé TE Quiero La Vida sur Facebook, qui peut se traduire par "Je t’aime, la vie". Cependant, via les réseaux sociaux, il n’hésitait pas à faire de la propagande anti-occidentale, relayant des articles accusant la France de crimes en Algérie ou utilisant une caricature pour s’indigner que le monde pleure sur les victimes de Charlie Hebdo alors qu’il ferme les yeux sur les massacres perpétrés dans le monde.

Sur les réseaux sociaux, il n’était néanmoins pas du genre à étaler sa vie privée, mentionnant uniquement qu’il habite à Madrid et reprenant sur son profil cette phrase pour le moins interpellante : "Ansaroo rasoulo Allah". En arabe, "Ansar" signifie "le compagnon du prophète de Dieu" (Allah) et "Rassoul" est employé pour désigner "l’envoyé".

Interrogé par les enquêteurs français, Ayoub El Khazzani a d’abord décliné une fausse identité. Avant de déclarer s’appeler tel qu’il est désormais formellement identifié sur base de ses empreintes digitales. Visiblement conscient qu’il risque très gros pour un acte déjà qualifié de terroriste, il nie cependant avoir eu une telle ambition. Il prétend à cet égard avoir trouvé les armes par hasard à Bruxelles dans un parc où il dit avoir passé la nuit avant d’embarquer dans le train au départ de la gare de Bruxelles Midi. Il avance aussi que son intention se serait limitée à braquer et rançonner les passagers. Des explications invraisemblables au regard de l’arsenal retrouvé en sa possession : une kalachnikov et neuf chargeurs supplémentaires de rechange (soit un total de 300 balles tout de même), un pistolet automatique et un cutter.

En Belgique, le parquet fédéral a annoncé hier avoir ouvert sa propre enquête. L’objectif étant de retracer le parcours du présumé terroriste qui aurait transité par la Belgique à différentes reprises et de déterminer depuis quand il était de retour au plat pays.

Des policiers belges de la DR3, la Division de Recherche antiterroriste de la Police Judiciaire Fédérale, sont actuellement en France pour prêter main-forte à leurs homologues français. Une enquête de téléphonie des plus poussées est en cours pour tenter de déterminer s’il avait bien des liens avec l’une ou l’autre des filières djihadistes récemment démantelées dans notre pays.