Le couple qui a tué 14 personnes en Californie était "en mission" et disposait d'un arsenal colossal, la piste terroriste restant possible même si la motivation du carnage demeure mystérieuse.

Si un représentant du FBI affirme qu'il serait "irresponsable" à ce stade de parler de terrorisme, le président américain Barack Obama a réuni son équipe de sécurité nationale jeudi, au lendemain de la pire tuerie aux Etats-Unis depuis trois ans. "Il est possible que ce soit lié au terrorisme mais nous ne savons pas. Il est aussi possible que ce soit lié au lieu de travail", a commenté le président américain.

Plus de 6.500 cartouches de fusils d'assaut et d'armes de poing ont été retrouvées par la police dans la maison, la voiture et sur le couple de suspects, Syed Farook et Tashfeen Malik, ainsi qu'une douzaine d'engins explosifs artisanaux.

Trois autres engins explosifs reliés entre eux et actionnables à distance ont été retrouvés dans le bâtiment visé par les tueurs. Ils n'ont finalement pas explosé, a précisé Jarrod Burguan, chef de la police de San Bernardino, ville de 200.000 habitants à l'est de Los Angeles où a eu lieu la fusillade mercredi.

Les deux pistolets et deux fusils d'assaut avaient été achetés légalement, les premiers par Farook, mais pas les fusils d'assaut.

Le couple marié, parent d'un bébé de six mois, avait loué il y a quelques jours le 4x4 noir dans lequel il a tenté d'échapper aux autorités avant d'être tué par la police lors d'un échange de centaines de tirs, à l'issue d'une course-poursuite qui a donné à San Bernardino et ses environs des airs de zone de guerre.

Le flou persiste toutefois sur ce qui a poussé les deux tueurs, âgés respectivement de 28 ans pour Farook et 27 pour son épouse, à se rendre dans un centre de soins pour handicapés en attirail de commando, et à abattre 14 personnes, en blessant 21 autres.

Syed Farook s'était rendu dans le centre pour assister à un déjeuner de fêtes de fin d'année des services de santé locaux, dont il était employé.

La police fait état de certains témoignages de rescapés affirmant qu'il aurait soudainement quitté le déjeuner, en colère, avant de revenir armé jusqu'aux dents accompagné de son épouse, et d'y commettre un carnage. "D'autres disent qu'il a soudainement disparu", avant de revenir en tenue de combat: "nous n'avons toujours pas la motivation" de la tuerie, a insisté Jarrod Burguan.

Les autorités constatent toutefois que le massacre semblait avoir été préparé à l'avance. "Il semble qu'ils menaient une mission", même si son objectif reste à déterminer, a souligné David Bowdich, un responsable du FBI.

Le couple, décrit par des collègues cités dans la presse américaine comme "vivant le rêve américain", "était clairement préparé, personne ne s'énerve à une fête (de bureau pour revenir) avec quelque chose d'aussi élaboré".

"Je ne crois pas qu'ils ont enfilé leur équipement paramilitaire et attrapé leurs armes sur un coup de tête", a aussi remarqué Jarrod Burguan.

Ils avaient notamment confié leur bébé à un proche mercredi.

Les enquêteurs concentraient donc leurs efforts jeudi sur les personnalités du couple, marié.

Syed Farook, de nationalité américaine, était un fervent musulman, selon son père, la famille étant originaire du Pakistan.

La femme, musulmane également, était née au Pakistan et aurait vécu en Arabie saoudite, où elle aurait été présentée à Farook, selon les médias américains. Elle est entrée aux Etats-Unis avec un passeport pakistanais, a indiqué la police.

Certains médias américains, citant des sources anonymes proches de l'enquête, affirmaient que Syed Farook s'était radicalisé récemment, ce que ne confirment pas les autorités. "La famille semblait pratiquer une religion modérée (...) sans montrer de signes de fanatisme", a déclaré à la radio publique NPR Hussam Ayloush, un responsable du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) de Los Angeles.

"Il ne m'a jamais semblé fanatique ou suspect", a affirmé au Los Angeles Times Griselda Reisinger, qui a travaillé avec Syed Farook jusqu'à ce qu'elle change d'employeur en mai.

Face à la possibilité d'une double motivation, islamiste mêlée à un contentieux de travail, les analystes en défense rappelaient le cas en France de Yassin Salhi, qui a décapité son patron puis, brandissant des drapeaux islamistes


"Pas de signe de radicalisation" chez l'auteur de la fusillade (imam)

Syed Farook, qui a tué 14 personnes et blessé 21 autres mercredi avec son épouse, ne montrait "pas de signe de radicalisation", d'après un imam de la mosquée qu'il fréquentait et où il n'était pas apparu ces dernières semaines.

Les autorités n'excluent pas la piste du terrorisme islamiste pour expliquer les motivations de Syed Farook et Tafsheen Malik, qui ont commis un carnage en ouvrant le feu dans un centre de soins pour handicapés de San Bernardino, en Californie (ouest des Etats-Unis), à l'aide d'un véritable arsenal de guerre.

Le jeune homme de 28 ans est décrit dans sa mosquée comme réservé et poli.

"Nous n'avons jamais vu de signe de radicalisation", a affirmé à l'AFP Mahmood Nadvi, assistant imam de 39 ans à la mosquée de Dar Al Uloom Al Islamiyah of America, la seule mosquée de San Bernardino.

Nizaam Ali, étudiant de 23 ans, le connaissait bien, "avant qu'il ne soit marié".

Le jeune homme américain d'origine pakistanaise "venait deux à trois fois par semaine" pour prier à la mosquée, "généralement vers 13h00, à l'heure de sa pause déjeuner", a-t-il raconté depuis la mosquée, soulignant que Syed Farook n'était pas venu "depuis deux à trois semaines".

Gasser Shahata, 42 ans et sans emploi, fréquente la même mosquée. Il décrit le tueur comme "calme, timide, réservé". "Je ne l'ai jamais entendu manquer de respect à quiconque".

De son épouse pakistanaise, les fidèles de la mosquée savent peu de choses. "Je l'ai vue deux ou trois fois mais je n'ai jamais fait sa connaissance. Elle était voilée de noir des pieds à la tête", décrit Nizaam Ali.

"Ils se sont mariés à la Mecque en juillet 2014, pendant le Ramadan", croit savoir Nizaam Ali, qui dit n'avoir appris le nom de la jeune femme de 27 ans que mercredi, après la pire tuerie aux Etats-Unis depuis 2012.

"Nous avons peur des répercussions" du massacre sur l'ensemble de la communauté musulmane dans la région et aux Etats-Unis, fait-il valoir.

"Nous avons demandé à la police d'augmenter la sécurité" vendredi pour la principale prière de la semaine, qui rassemble en général 300 fidèles, signale-t-il.

L'imam Mahmood Nadvi insiste: En aucun cas, quelqu'un qui prépare une attaque "ne peut prétendre être un vrai musulman".

"Si quelqu'un devient fou, ses actes ne représentent pas le Coran", martèle-t-il.