Le groupe pétrolier Total est présent en Birmanie depuis 1992. C'est à ce moment-là qu' il signe un contrat de partage de production, les ressources en hydrocarbures restant la propriété du pays. Il devient ainsi opérateur du projet Yadana à concurrence de 31 pc. L'Américain Unocal (groupe Chevron) a une part de 28 pc, les sociétés nationales du Myanmar MOGE et PTTEP de Thaïlande ont 15 et 25 pc.

Le champ de Yadana est situé en mer d'Andaman, à 60 km environ de la côte birmane la plus proche. La production de gaz a commencé en 1998 et devrait s'arrêter vers 2028 quand les ressources auront été épuisées. L'essentiel des investissements (1 milliard de dollars) s'est fait au milieu des années 90 pour la mise en route du projet. Les dépenses actuelles portent sur la maintenance. Total occupe en Birmanie 270 personnes dont 30 expatriés.

En 2006, la production totale du champ, qui est exportée à concurrence de près de 90 pc en Thaïlande, a dépassé 19,3 millions de mètres cubes par jour. C'est n'est pas rien : cela équivaut à la quantité de gaz nécessaire pour une centrale électrique d'environ 2 500 mégawatts.

Il est difficile de savoir quel est le montant de l'argent de Total empoché par la junte. "On ne communique pas sur le montant des commissions versées", explique un porte-parole du groupe français. Mais, selon Derek Tonkin, expert britannique de la Birmanie interrogé par l'Agence France-presse, elles sont élevées sachant que les ventes de gaz birman dépassent deux milliards de dollars par an, soit le tiers des revenus des exportations de biens et de services.

Risque d'aggravation

Face à toutes les accusations dont il fait l'objet, le groupe Total se défend en mettant en avant le programme socio-économique qu'il a mis en place dont le but est d'améliorer la vie des habitants dans les villages riverains du gazoduc.

Total a toujours dit qu'il estimait que sa présence en Birmanie avait des effets positifs. Et il l'a encore répété récemment dans un communiqué. "A ceux qui nous demandent de quitter le pays, nous répondons que, loin de résoudre les problèmes du Myanmar, un retrait forcé n'aurait pour effet que notre remplacement par d'autres opérateurs probablement moins respectueux de l'éthique qui sous-tend toutes nos actions. Notre départ constituerait alors un risque d'aggravation de la situation pour les populations, risque que nous ne pouvons accepter", souligne le groupe.

Même si la Birmanie n'est qu'un des quelque 30 pays où Total est présent en termes de production de gaz et de pétrole, il compte donc bien y rester. Même si aussi, ce pays ne représente qu'une toute petite partie d'un bénéfice qui a atteint 12,6 milliards d'euros en 2006.

Un montant qui hisse Total en tête des groupes français en termes de profit. A la grande satisfaction de ses très nombreux actionnaires petits ou grands (la capitalisation boursière s'élève à 133 milliards d'euros) et en particulier d'Albert Frère, son premier actionnaire (via GBL).