Déclenchée le 8 juillet par Israël, l'opération "Bordure protectrice" dans la bande de Gaza a déjà fait plus de 1.400 morts du côté palestinien. Mais quel regard portent les médias sur cette opération? Réponse avec Charles Enderlin, Correspondant de France 2 à Jérusalem.

L’opération Bordure protectrice est-elle soutenue par l’ensemble des médias israéliens et de l’opinion publique ?

Le pays fait corps avec ses soldats et soutient la politique de Benjamin Netanyahou qui, je vous le rappelle, a proposé à quatre reprises de cesser le feu; des propositions refusées par le Hamas. D’après les sondages, 80 % des Israéliens soutiennent l’opération. Le gouvernement et le public pensent qu’ils n’avaient pas le choix, qu’il n’était pas possible de laisser le Hamas continuer à tirer des dizaines de roquettes sur Israël. Et donc, les médias essaient de rester dans le consensus. Les trois principales chaînes de télévision généralistes sont devenues des chaînes d’information, qui diffusent du matin au soir des directs, des débats sur cette guerre. Tout le pays est devant la télévision.

Les images des victimes palestiniennes sont-elles présentées sur les chaînes israéliennes ?

Ça commence. Il y a une chaîne qui montre de plus en plus ce qui se passe de l’autre côté, à Gaza. Mais il est vrai que les chaînes israéliennes montrent très peu d’images de morts, de blessés, d’enfants mutilés palestiniens. Par contre, elles montrent bien les dégâts. De plus, tout Israélien qui reçoit la télé par câble ou satellite peut se brancher sur la BBC, France 24 ou Al Jazeera.

Est-il possible pour les médias israéliens de critiquer la politique du gouvernement ?

Oui, Israël est une démocratie. Il n’y a pas de censure officielle sur les opinions politiques. Certains journalistes condamnent ouvertement la manière dont l’opération se passe. Mais ils sont sous pression, insultés, menacés. Un éditorialiste connu suggère de jeter en prison Gideon Lévy et Amira Hass du quotidien "Haaretz". Même Amnon Abramovitch, un commentateur politique de la seconde chaîne, très impartial, a été traité de traître par 200 Israéliens de droite qui ont manifesté devant sa chaîne. Et pourtant, c’est un héros de la guerre de 1973. La droite n’hésite pas à faire pression sur ceux qui ne sont pas d’accord avec la manière dont cette guerre se passe. Dans certaines administrations, des employés qui ont ouvertement critiqué cette opération ont été licenciés. Mais je suis certain que les tribunaux condamneront leurs employeurs. Il n’y a pas de délit d’opinion en Israël.