Les balles sifflent et s’écrasent contre un mur du Parlement. Un nuage de fumée enveloppe le bâtiment, dans le centre de Gaza. Accroupi pour se protéger, un paramilitaire barbu du Hamas hurle dans son téléphone : «Il y a beaucoup de grenades qui explosent. C’est très chaud ici! ».

Retranchés dans une extension de l’édifice en cours de construction, d’autres membres du Hamas tirent une salve de fusils automatiques. Postés dans une rue en face, des membres de la sécurité préventive, dominée par le Fatah, ripostent. Les facades sont criblées de balles.

Selon des témoins, les heurts ont éclaté lorsque des membres de la force paramilitaire relevant du ministère de l’Intérieur, dirigé par le Hamas, ont ouvert le feu sur une voiture transportant des membres de la sécurité préventive.

Une ambulance arrive sur les lieux, toutes sirènes hurlantes. Les secours chargent un blessé, vraissemblablement du Fatah, avant de repartir en trombe vers l’hôpital Chiffa de la ville, tout proche.

Dans les rues désertées autour du Parlement, chacun tente de trouver un abri. Pourtant des écolières, sacs sur le dos et foulards blancs immaculés sur la tête, traversent la rue, sans se presser. «Abritez-vous », leur crie-t-on.

Une forte détonation secoue tout le secteur. Puis une autre. «Des tirs de lance-roquettes RPG », assure un jeune Palestinien, qui se protège derrière un mur.

«Non, ce sont des grenades », répond un de ses camarades, accroupi dans la poussière.

Tous deux ont été pris au milieu de la première confrontation importante dans les rues de Gaza, depuis que le gouvernement du Hamas a décidé d’y déployer mercredi sa force paramilitaire. En réponse, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a ordonné aux forces de sécurité d’y renforcer leur présence.

Selon des sources sécuritaires et des témoins, au moins deux roquettes RPG ont été tirées contre une voiture de la police et contre un commissariat de police.

A quelques mètres de là, un homme du Hamas, à plat ventre derrière un mur, rampe sur le trottoir, pointe sa kalachnikov en direction des membres de la sécurité préventive avant d’ouvrir le feu.

Ahmed regarde la scène immobile: «C’est le début de la guerre civile », lâche-t-il.

Au loin, une colonne de fumée s’élève dans la ciel. Une voiture vide, en flammes, a été touchée par une grenade.

Les tirs marquent un temps d’arrêt de quelques minutes. Des hommes en treillis kaki, le visage masqué par des cagoules noires, courent se réfugier dans le centre culturel Chaou, où le Premier ministre Ismaïl Haniyeh, issu du Hamas, avait prononcé son discours d’investiture le 27 mars.

Depuis cette date, les tensions entre le mouvement Fatah de M. Abbas et le Hamas n’ont cessé de croître. Et depuis une semaine, il en va de même des accrochages entre les deux camps.

Selon des sources sécuritaires et médicales, un Jordanien, qui travaillait comme chauffeur à la représentation jordanienne à Gaza, a été tué lundi et sept autres personnes ont été blessées au cours de ces affrontements.