Ete 1975. Geertrui Windels, une jeune licenciée en botanique et biologie de l’université de Gand, rentre en Belgique au terme d’un voyage d’études sur le mont Kenya. Dans l’avion, elle s’installe, par hasard, aux côtés d’un jeune homme qui, lui, vient de terminer un safari photos au Kenya. Il s’appelle Van Rompuy. Herman Van Rompuy. La conversation s’engage. Trente-six ans plus tard, elle n’est toujours pas terminée Les deux jeunes se marieront le 2 septembre 1977. Le jeune conseiller au cabinet de Léo Tindemans est devenu président du Conseil européen, après avoir été sénateur, secrétaire d’Etat, président de parti, ministre, vice-Premier ministre et Premier ministre. Et cela, sans vraiment l’avoir voulu !

Même si Mme Van Rompuy a une personnalité bien marquée, il n’est pas aisé de dresser son portrait sans parler de son mari, tant leurs vies ont été et sont toujours intimement liées. Geertrui Windels est née dans le petit village de Ruien (Kluisbergen), dans l’arrondissement d’Audenarde. Ses études terminées, elle abandonne la biologie pour donner cours pendant deux ans à de futures institutrices maternelles. Puis, au hasard des rencontres, elle décroche un poste au cabinet de Daniel Coens (CVP), qui fut notamment ministre de l’Enseignement. Un homme remarquable, trop tôt emporté par la maladie. Elle passe ensuite aux cabinets d’Hugo Weckx, de Luc Martens et se familiarise sans peine à toutes sortes de dossiers ardus. Herman Van Rompuy - qui fut un redoutable ministre du budget dans les années 90 - a d’ailleurs coutume de dire que sa femme maîtrise mieux que lui les matières et procédures administratives et budgétaires. On l’aura compris, l’homme ne tarit pas d’éloge à propos de son épouse : à l’entendre, elle serait donc bien plus compétente et "meilleure" que lui.

Geertrui, dit-il, c’est la bonté même. Toujours le cœur sur la main. D’ailleurs, depuis qu’elle a quitté les cabinets ministériels, sa principale activité, c’est le volontariat. Elle préside aussi le Conseil de l’enseignement fondamental. En 1999, Geertrui décide donc de quitter la sphère politique, quelque temps avant que le CD&V ne se retrouve pour quelques années dans l’opposition. Il faut dire que la vie des Van Rompuy est devenue particulièrement chargée. Car pendant toutes ces années, la famille s’est agrandie : quatre enfants sont nés de leur union, deux garçons et deux filles. Et le papa, on l’a dit, est devenu vice-Premier ministre, ministre du budget. Un papa qui, malgré son implication dans la vie politique, n’a jamais eu le sentiment d’être un papa absent. Lui, les week-ends, il les passe à la maison. Pas question de tenir des permanences sociales ou d’assister à des goûters de pensionnés ou des noces d’or. Ses enfants, il les a élevés au jour le jour, avec sa femme. Chez les Van Rompuy, l’esprit de famille n’est pas un vain mot. Aujourd’hui encore, alors que l’aîné a 31 ans, tous les enfants, accompagnés de leur époux, épouse et de leurs petits enfants (deux et bientôt trois) ont coutume de se retrouver tous les week-ends dans la maison familiale de Rhode : et ils y restent du vendredi soir au dimanche. Personne, en tout cas, ne rate le déjeuner du dimanche midi, un rituel. Et en cette fin d’été 2011, toute la tribu est d’ailleurs encore réunie en Dordogne. N’allez pas croire, pour autant, que ces rencontres donnent lieu à d’interminables discussions politiques : en dehors de Peter, l’un des fils Van Rompuy récemment élu sénateur, les autres n’ont quasiment aucun intérêt pour la politique. Et Geertrui Van Rompuy ? Elle a bien été touchée par le virus. Mais à l’échelon local uniquement. Très populaire dans sa commune - beaucoup ne la connaissent que sous son nom de jeune fille -, elle a été élue conseillère de CPAS à Rhode-Saint-Genèse avec un score impressionnant. Car ce côté social de l’action politique, c’est cela qui la motive et l’intéresse. Aider les plus démunis, venir en aide à des familles en détresse - eh oui ! il y en a, même à Rhode -, c’est la base de son engagement. Ici, dans sa commune, mais aussi ailleurs : elle est aussi active dans des associations présentes dans certains pays en voie de développement.

Madame Van Rompuy a aussi une boussole dans la tête et une âme de grande voyageuse. "Je voyage avec elle", plaisante Herman Van Rompuy. Entendez par là que c’est bien elle qui, chaque année, prépare les expéditions que le couple réalise, souvent avec les enfants. Le meilleur souvenir ? Assurément le Transsibérien : partis de Saint-Pétersbourg, les Van Rompuy ont traversé la Sibérie, la Mongolie et ont terminé leur voyage en Chine. Puis il y a eu le Gabon, l’Islande avec, disent-ils, les plus beaux paysages sans doute qu’ils aient vus. L’an dernier, c’était l’Australie. Et cette année, Madame avait choisi une croisière dans le grand nord. Souvent, Geertrui accompagne son président de mari dans les voyages officiels : tandis que lui s’enferme avec les chefs d’Etat pour de longues réunions, madame Van Rompuy a, elle, l’occasion de découvrir l’une ou l’autre facette du pays.

Cependant, le couple Van Rompuy ne ressemble en rien aux grands de ce monde qu’ils ont pris l’habitude de fréquenter. Ils ne vivent pas dans un palais entourés d’une foule de gens de maison. Herman et Geertrui n’ont pas changé grand-chose à leurs habitudes : ils vivent toujours à Rhode-Saint-Genèse dans leur maison au fronton de laquelle on peut lire la devise d’Herman Van Rompuy "Rustige vastheid". Là-bas, le président du Conseil européen a tout fait pour préserver sa vie privée. Car Geertrui n’adore pas cette "close protection" dont son mari fait désormais l’objet. Elle a accepté du bout des lèvres l’installation d’une "panic room", sorte de petit bunker où les occupants devraient se réfugier au cas où Car ici, en Belgique, on n’a pas l’habitude d’entourer nos ministres de gardes du corps en permanence.

Les pieds sur terre, la main sur le cœur : ainsi est Geertui Van Rompuy. Toujours nature, tant avec Carla Bruni qu’avec les déshérités de Rhode-Saint-Genèse.