Le grand débat lancé mardi dans une petite commune de l'Eure et censé répondre à la crise des "gilets jaunes" est "un exercice périlleux" pour Emmanuel Macron, jugent la majeure partie des éditorialistes.

"C'est un exercice périlleux", affirme François Wojtalik dans le Courrier Picard. Son confrère Philippe Marcacci, de l'Est Républicain, reconnait que si "la démarche porte en elle une bonne dose d'audace et de courage", elle comporte également des "risques".

"S'il rate cette étape, les dégâts, pour lui comme pour le pays, seront considérables", s'inquiète Jean-Marcel Bouguereau de la République des Pyrénées.

Mais pour Paul Quinio de Libération, il faut "donner sa chance au débat qui s'ouvre" car "il y a urgence à modifier nos équilibres institutionnels si l'on veut réconcilier les Français avec la politique et éviter la sanction populiste".

Jean-Michel Servant veut croire dans Midi Libre que "cette consultation républicaine (...) permettra d'améliorer un peu plus notre démocratie".

S'"il peut y avoir le pire dans ces débats. Il peut en sortir aussi le meilleur", espère de son côté Patrice Carmouze dans l'Eclair des Pyrénées.

"Immense capharnaüm"

Plus pessimiste, Stéphane Siret souligne dans Paris-Normandie que "s'il peut être considéré comme une chance à saisir, le grand débat peut vite se transformer en un immense capharnaüm et générer davantage de désillusions que de satisfactions".

Mais comme beaucoup, Laurent Bodin, de l'Alsace, estime qu'"il est de l'intérêt général que ce débat aboutisse".

Certains avancent les conditions indispensables à son succès. "Rien ne doit être biaisé ou tronqué mais restitué dans l'intensité de son expression et en peu de mots", estime Hervé Chabaud dans l'Union.

Sans oublier "l'obligation, pour chacun, d'écouter l'autre, tout en conservant évidemment ses convictions, mais en entrant dans une relation de confiance", souligne Christophe Bonnefoy du Journal de La Haute Marne.

Bruno Dive, rappelle qu'il est essentiel que "chacun joue le jeu", tout en estimant que cela "ne semble pas être le cas tant sont fortes les tentations révolutionnaires, populistes ou politiciennes".

D'autres éditorialistes préfèrent prendre leurs plumes pour pointer les lacunes de ce grand débat national.

"Une exigence profonde de justice se fait jour, fiscale comme sociale (...). Votre obstination à refuser de l'entendre, de l'inclure dans votre +grand débat+ ne révèle que plus crûment le sens profond de votre projet: remodeler le pays dans un sens plus inégalitaire que jamais", regrette Michel Guilloux dans l'Humanité.

Pour Jean-François Bouthors, d'Ouest France, il faut s'attaquer "aux inégalités" (...) C'est l'avenir de la démocratie qui est menacé par notre incapacité à prendre le problème à bras-le-corps dans sa dimension systémique".