Envoyé spécial à Kigali

Didier Reynders a appelé dimanche le Rwanda à respecter l’intégrité territoriale du Congo et à "éviter toute forme de soutien au groupe rebelle du M23", au terme d’une rencontre de deux heures à Kigali avec le président rwandais Paul Kagame. "Il est urgent de prendre des initiatives car si ce n’est pas le cas nous aurons une escalade non seulement sur le terrain mais aussi, peut-être, au niveau international", a dit le ministre des Affaires étrangères belge lors d’une conférence de presse avec son homologue rwandaise Louise Mushikiwabo.

Reynders terminait dimanche un voyage d’une semaine au Congo et au Rwanda, qui a fait de lui le seul ministre occidental à avoir rencontré tant le président congolais Kabila que le Rwandais Kagame. Il en sort avec le sentiment que les deux pays souhaitent que la Belgique, l’ancienne puissance coloniale, joue un rôle plus actif pour pacifier l’est du Congo.

La Belgique donne la priorité à une solution régionale, y compris par la mise en place d’une force internationale pour tenter de vérifier l’étanchéité de la frontière entre le Congo et le Rwanda. Kigali pense à des contingents de pays comme l’Afrique du Sud, l’Angola et la Tanzanie.

La Belgique va, dans un premier temps, avoir un statut d’observateur dans les contacts qui se déroulent entre pays de la région à Kampala. Didier Reynders saisira ses partenaires européens début septembre et, dès ce lundi, à Berlin, ses homologues allemand et polonais.

Il attend les conclusions du Conseil de sécurité de l’Onu sur l’aide supposée du Rwanda aux rebelles du M23 avant toute décision sur des sanctions. "Les sanctions, si elles devaient intervenir, seraient un constat d’échec car cela voudrait dire que la pression ne suffit pas", a-t-il dit aux journalistes belges. Kigali conteste fortement l’annexe du rapport du groupe d’experts de l’Onu qui l’accusait, le 21 juin, de soutenir la rébellion du M23 au Congo. Kigali parle d’une campagne orchestrée par des organisations comme Human Rights Watch. Le pouvoir rwandais dément tout recrutement de jeunes par le gouvernement du Rwanda mais n’exclut pas que "des cadres du M23 ou des officiers parlant kinyarwanda des forces congolaises aient pu clandestinement mobiliser et recruter certains jeunes" au Rwanda.

Kigali nie aussi protéger le général congolais Bosco Ntaganda, inculpé de crimes de guerre par la Cour pénale internationale. Très symboliquement, les États-Unis ont suspendu 200000 dollars d’aide militaire en exigeant du Rwanda l’arrêt de tout soutien aux rebelles "à partir de son territoire". Les Américains, traumatisés par l’ absence de réaction de l’administration Clinton lors du génocide de 1994 (800 000 à un million de morts), sont les principaux donateurs bilatéraux au Rwanda, suivis des Britanniques, puis des Belges. Bruxelles est troisième avec une aide de 160 millions d’euros sur quatre ans dans la santé, l’énergie et la décentralisation.

Dimanche, Didier Reynders a assuré Kigali qu’il préférait une politique de dialogue à un régime de sanctions, craignant qu’il soit plus difficile de relancer une coopération plutôt que de l’arrêter. "L’aide n’est pas un instrument qui doit être utilisé pour des raisons politiques", a plaidé la ministre rwandaise. "Cela n’aide ni le Congo, ni Rwanda, ni les donateurs".

Kigali plaide pour une solution régionale, une "paix durable", ce qui fait craindre à ses détracteurs qu’il ne cherche qu’à gagner du temps. "J’ai dit à Kagame que le temps joue pour les rebelles", a dit le ministre libéral, qui craint que le M23, en établissant une direction politique et en taxant le trafic routier, ne pose les jalons d’un État sécessionniste à l’est du Congo.

Il est difficile de savoir ce qui se passe dans la tête du président Kagame et de son opaque cercle interne. Mais l’hypothèse que les diplomates émettent est que le pouvoir à Kigali est partagé entre les tenants, souvent intéressés personnellement, d’une ingérence dans l’est du Congo, et les autres, qui seraient alarmés par les réactions internationales. La moitié du budget de l’État rwandais dépend de l’aide étrangère.

Sur le plan bilatéral, le président Kagame a promis de faciliter la vie des Belges qui doivent attendre 21 jours avant d’avoir un visa pour le Rwanda. Les Belges sont les seuls à devoir attendre aussi longtemps. Didier Reynders, de son côté, a promis de participer à l’extension du mémorial du génocide de Kigali, à l’occasion du 20e anniversaire de la tragédie de 1994.