Mélina, la quarantaine, rousse flamboyante, est venue manifester avec sa copine, Maria, 53 ans. Elle a du travail, elle est professeure dans un grand lycée de la capitale, mais son amie est au chômage depuis deux ans. Cette dernière fait partie des 70 % de chômeurs à la recherche d’un emploi sans succès depuis plus d’un an.

Et la quinquagénaire ne se fait aucune illusion sur son avenir, "je ne vais pas retrouver du travail. Rien n’est prévu pour nous, juste la misère."

La misère, s’est justement ce qui a poussé Mélina à manifester. Elle n’est pas syndiquée, et elle s’est abstenue de voter aux deux dernières élections. Mais le nouveau tour de vis qui se profile à l’horizon est la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien rempli.

"Des enfants s’évanouissent faute de nourriture"

"La situation est insupportable en Grèce. Pour moi, c’est inacceptable que dans l’école où j’enseigne il y ait parfois des enfants qui s’évanouissent faute de nourriture. Qu’est ce qu’il attend ce gouvernement ? Qu’il dégage ! C’est une honte qu’en 2014 des enfants tombent d’épuisement parce qu’ils n’ont pas à manger."

Comme la majorité des Grecs, Mélina n’est pas convaincue - mais alors pas du tout - d’une sortie imminente de la crise. "Tout ce qu’ils ont su apporter au pays c’est leur mémorandum d’austérité. Cette situation n’a pas d’issue. C’est ma conviction. Ils doivent partir. Même s’il faut de la violence. Parfois c’est incontournable."

Cette radicalisation, largement relayée par l’opposition, est de plus en plus perceptible dans le pays. En fait, plus le gouvernement affirme haut et fort que la Grèce est au bout du tunnel, plus les Grecs ont l’impression qu’on les prend pour des idiots.

Pourtant, les progrès sont réels (retour partiel réussi sur les marchés, "crash test" positif pour les banques, légère baisse du chômage, excédent budgétaire primaire hors service de la dette), mais les Grecs ne le ressentent pas dans leur quotidien qui, lui, est chaque jour un peu plus dur.

"Ils parlent de réussite", indique Thanos Contargyris, économiste, "mais en fait il s’agit dans le meilleur des cas d’un ralentissement de la récession."

De fait, depuis deux ans Médecins du monde tire la sonnette d’alarme. Sa présidente, Liana Maïli, n’a pas hésité à parler d’une catastrophe humanitaire dans le domaine de la santé dont est exclu un tiers des Grecs.

L’Organisation internationale du travail a, de son côté, enfoncé le clou en soulignant dans son rapport sur le pays, publié la semaine dernière, que "la Grèce ne pourrait rattraper qu’en 2034 la quantité de postes de travail perdus durant la crise, soit un emploi sur quatre."

Savas Rombolis de l’Institut du monde du travail parle même "d’une génération de sacrifiés, comme dans les années 50 ou les Grecs partaient par milliers à l’étranger pour trouver du travail".

Des réformes qui ne viennent pas

Le plus inquiétant, c’est que les reformes, dont le pays a cruellement besoin dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’administration et surtout de la justice fiscale, se font attendre.

La preuve, il aura fallu presque sept ans de récession et cinq d’austérité pour que le ministère du Développement abolisse le système des licences qui bloquaient 897 métiers représentant 14,3 % du PIB. Licences dont l’obtention nécessitait plusieurs mois d’attente et générait autant de corruption.

Cela fait des années, bien avant la crise, que le monde des affaires demandait cette mesure. Pourquoi avoir autant attendu ? Inertie d’autant plus coupable que cette crise économique aux allures de catastrophe humanitaire se transforme en crise politique majeure. Elle a eu raison du bipartisme dans le pays, elle a envoyé 18 députés néonazis au Parlement et, en cette période de campagne électorale larvée, elle n’accouchera d’aucune majorité stable dans les prochaines législatives anticipées que tout le monde prévoit au printemps 2015.

Autant dire que les lendemains qui chantent ne sont pas pour tout de suite en Grèce.