Des milliers de gens sont descendus dans la rue jeudi en Grèce dans des cortèges émaillés d'un décès pour tenter de convaincre les dirigeants européens réunis à Bruxelles que l'austérité n'est plus tenable dans un pays qui s'enfonce dans la récession.

Sous la bannière "FMI-UE dehors, effacement de la dette", 25.000 personnes ont manifesté selon la police à Athènes, alors que les services publics et les transports étaient fortement perturbés par le quatrième appel à la grève générale lancé par les syndicats grecs depuis le début de l'année. Sur la place Syntagma, en face du Parlement, des affrontements ont opposé la police à de petits groupes de manifestants, avec des cordons policiers chargeant pour disperser la foule, tandis que le gros du défilé forçait le passage pour s'écouler dans les rues de la capitale grecque, a constaté une journaliste de l'AFP.

Un petit groupe de jeunes avait initialement fait reculer la police qui bloquait le passage devant les grands hôtels de la place. Des cocktails molotov ont été lancés sur la police qui a répondu avec des gaz lacrymogènes. A Salonique dans le nord du pays, la police a recensé 17.000 manifestants. Les syndicats avaient appelé à cette journée anti-austérité le jour du sommet européen de Bruxelles qui doit tenter de trouver des solutions pour consolider l'Europe et la zone euro.

Les syndicats contestent le recours massif aux politiques d'austérité pour sortir de la crise. Le GSEE qui couvre le secteur privé en Grèce a annoncé dans la foulée qu'il allait se joindre à une journée d'action européenne le 14 novembre, également annoncée par les syndicats portugais. Dans le défilé athénien, des sidérurgistes belges s'étaient joints au cortège avec une banderole "Nous sommes tous des Grecs".

En Grèce jeudi, aucun train ne roulait, aucun ferry ne partait vers les nombreuses îles du pays, aucun taxi ne circulait, la liaison ferroviaire entre Athènes et l'aéroport était suspendue, seul le métro et certaines lignes de bus fonctionnaient à Athènes, et deux stations du centre étaient fermées sur ordre de la police.

"La pauvreté s'étend, les emplois disparaissent et la Grèce coule. La Grèce va mourir si les mesures d'austérité tirées du mémorandum (avec les créanciers, NDLR) ne s'arrêtent pas" disait Dimitris Sandis, employé d'une société pharmaceutique dans un des cortèges.

Plus loin Aliki Vassiloudi, 40 ans, journaliste au chômage, estimait que les manifestants veulent avoir "des emplois, une dignité et par-dessus tout vivre comme des Grecs et non comme des inférieurs serviles".

De fait, la troïka des bailleurs de fonds du pays (UE-BCE-FMI) et le gouvernement de coalition dirigé par le Premier ministre conservateur Antonis Samaras se sont séparés mercredi sans accord total sur le programme d'ajustement économique du pays prévoyant de nouvelles coupes budgétaires d'au moins 11,5 milliards d'euros, à mettre en place en échange d'un prêt de 31,5 milliards d'euros.

La Commission européenne a publié un communiqué optimiste mercredi soir soulignant que les autorités grecques et la troïka "se sont mises d'accord sur les principales mesures nécessaires pour (...) ouvrir la voie à une finalisation de l'examen".

Lors du sommet européen jeudi et vendredi, la Grèce ne devait pas être évoquée, le rapport de la troïka préalable au déblocage des 31,5 milliards d'euros n'étant pas prêt.

Le Premier ministre conservateur Antonis Samaras espèrait néanmoins recevoir du sommet un signal de soutien européen pour faire accepter à son opinion le nouveau train de rigueur, dont le vote au Parlement, à une date toujours indéterminée, risque de porter à son comble la tension sociale.

M. Samaras, qui participait à la réunion des dirigeants européens conservateurs à Bucarest mercredi soir, a estimé que dans la société grecque, où le taux de chômage atteint désormais 25%, "les gens ne sont pas des pièces détachées". "Nous devons maintenir la cohésion" a-t-il dit en promettant que son pays irait de l'avant avec les réformes requises par les partenaires européens et les bailleurs de fonds.

La Grèce, qui traverse sa cinquième année de récession consécutive, a demandé deux ans supplémentaires à ses partenaires pour mener à bien les réformes et réduire ses déficits, tandis qu'un débat idéologique pro ou anti austérité fait rage entre les économistes du monde entier sur la nature des remèdes à apporter au malade Grèce et au malade zone euro.

"L'Espagne et la Grèce sont en dépression, pas en récession. Et ceci est dû à l'austérité" a affirmé mercredi à New Delhi, Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, ancien conseiller du président américain Bill Clinton, et professeur à la Columbia University à New York.

"Journée d'action" le 14 novembre

La Confédération européenne des syndicats (CES) a appelé à "une journée d'action" en Europe le 14 novembre prochain pour dénoncer les mesures d'austérité en vigueur dans l'UE, a-t-on appris jeudi auprès de cette confédération. "Cette journée du 14 novembre prendra diverses formes: grèves, manifestations, rassemblements et autres actions", a précisé la CES.

Un appel à la grève générale a été lancé à cette date au Portugal et des actions sont également prévues en Grèce et en Espagne.

La CES, qui rassemble 85 organisations syndicales dans 36 pays européens ainsi que 10 fédérations sectorielles, s'est déclarée "fermement opposée aux mesures d'austérité qui font plonger l'Europe dans la stagnation économique, voire la récession, ainsi qu'au démantèlement continu du modèle social européen". "Ces mesures, loin de rétablir la confiance, ne font qu'aggraver les déséquilibres et créer des injustices", a déploré la Confédération européenne qui soutient par ailleurs "l'objectif d'assainissement des budgets".

Mais, insiste la CES, "on ne pourra mettre fin à la récession que par un assouplissement des contraintes budgétaires et la suppression des déséquilibres".