L'administration Obama a établi que la prison de Guantanamo servait "indéniablement" d'outil de propagande pour les jihadistes et devait de ce fait "impérativement" être fermée.

"Ce n'est pas une coïncidence" que les vidéos d'exécutions du groupe Etat islamique (EI) montrent les victimes en combinaison orange, symbole de Guantanamo, a déclaré jeudi Brian McKeon, adjoint du secrétaire américain à la Défense, lors d'une audition parlementaire sur l'avenir de la prison située sur l'enclave cubaine de Guantanamo Bay.

Guantanamo "se retrouve indéniablement" dans la propagande islamiste, a confirmé Nicholas Rasmussen, directeur du Centre national du contre-terrorisme (NCC), en citant pèle-mêle les messages d'EI mais aussi d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), ou encore le chef d'Al-Qaïda Ayman al-Zawahiri qui "continue de faire référence à Guantanamo dans ses communications avec les membres d'Al-Qaïda à travers le monde".

La prison, que le président Barack Obama a promis de fermer, a enfermé près de 800 hommes soupçonnés de jihadisme en treize ans. La plupart sans inculpation ni procès. Il en reste 122 aujourd'hui, dont 54 approuvés pour transfert que les autorités américaines s'efforcent de libérer au plus vite.

"Le président (Obama) a déterminé que fermer le centre de détention est un impératif de sécurité nationale" en raison de son "utilisation par les extrémistes violents pour provoquer les populations locales", a martelé M. McKeon, devant des républicains récalcitrants.

"Ce n'est pas une coïncidence que les récentes vidéos d'EI montrant la mort barbare d'un pilote jordanien brûlé vif et l'exécution sauvage d'un otage japonais montrent à chaque fois la victime portant une combinaison orange, généralement réputée pour être le symbole du centre de détention de Guantanamo", a-t-il plaidé.

Ces combinaisons oranges étaient également revêtues par chacune des victimes de l'EI avant leur décapitation. Elles étaient portées par les tout premiers hommes arrivés à Guantanamo en janvier 2002 mais sont aujourd'hui réservées aux détenus désobéissants.

Face à l'administration démocrate, une poignée de sénateurs républicains a entrepris, derrière John McCain, le rival malheureux de Barack Obama, de bloquer la libération des détenus et donc la fermeture de la prison, par une proposition de loi.

Ils agitent le spectre du récidivisme de certains détenus une fois libérés et considèrent ce risque bien plus élevé que celui d'une radicalisation.

"Les islamistes n'ont pas besoin d'excuse pour attaquer les Etats-Unis", a ainsi fustigé le sénateur républicain Tom Cotton. "Ils nous attaquent pour qui nous sommes", a-t-il dit, en énumérant les attaques perpétrées avant que Guantanamo n'ouvre, au premier rang desquelles le 11 septembre 2001.

Dire que c'est une question de "sécurité pour des raisons de propagande est un prétexte pour justifier une décision politique", a lancé l'élu de l'Arkansas. Il juge "qu'il y a trop de lits et de cellules vides maintenant et qu'on devrait y envoyer plus de terroristes pour y être interrogés".

"Ils peuvent bien pourrir en enfer jusqu'au dernier. Mais tant que ce n'est pas possible, ils peuvent bien pourrir à Guantanamo Bay", a-t-il lancé, plongeant la salle dans un lourd silence.

Après toutes ces années, il est "évident que ceux qui sont toujours à Gitmo sont probablement les plus dangereux", a renchéri son acolyte Bill Graham, qui juge que le processus de révision de la situation de chaque détenu est "motivé politiquement" pour vider la prison plus vite.

Outre les 54 détenus déjà jugés libérables, 58 doivent passer devant un comité qui peut également autoriser leur rapatriement ou leur transfert dans un pays tiers.

"Il y a certainement un risque à libérer", a reconnu M. McKeon, mais il préfère insister sur la conviction d'une quarantaine de responsables militaires que Guantanamo sert bien "d'outil de propagande et inspire le recrutement de nouveaux terroristes".

Certes, pour l'instant, "nous jugeons purement sur la base d'éléments anecdotiques", a admis M. Rasmussen. "Guantanamo est l'un des messages de radicalisation, et certainement pas le seul (mais nous considérons que) le bénéfice pour la sécurité nationale de la fermeture de Guantanamo dépasse le risque" de récidivisme.