Sans chercher à briller par des effets oratoires, sans prononcer une de ces phrases qui marquent ou font l'Histoire, mais avec une joie communicative et un tempérament faisant oublier qu'elle est une grand-mère de 68 ans, Hillary Clinton a calmement et systématiquement expliqué, jeudi soir, devant la Convention du Parti démocrate à Philadelphie, ce qu'elle fera si elle devient, le 8 novembre prochain, la première femme à occuper la Maison-Blanche.

"C'est avec humilité, détermination et une confiance sans limites dans la promesse de l'Amérique que j'accepte votre nomination pour la présidence des Etats-Unis", a lancé aux milliers de personnes réunies au Wells Fargo Center et aux dizaines de millions d'Américains devant leur écran de télévision ou d'ordinateur, à 22 heures 47 précisément, l'ancienne Première Dame, ancienne sénatrice de New York et ancienne secrétaire d'Etat. "Des titres qui vous disent ce que j'ai fait", devait-elle remarquer plus tard, "mais qui ne vous disent pas pourquoi".

Avoir peur de la peur

Pendant une heure, la candidate désormais officielle du Parti démocrate s'est donc employée à fournir méthodiquement les explications. Elle a détaillé son engagement d'une vie en faveur des enfants, des femmes, des familles, sa préoccupation pour les travailleurs et la classe moyenne, sa sollicitude pour les plus vulnérables et les plus démunis. Elle a, comme Barack Obama la veille, voulu susciter l'optimisme et privilégier l'inclusion, à la différence de son adversaire républicain, Donald Trump, qui, a-t-elle déploré, "veut que nous ayons peur de l'avenir et que nous ayons peur les uns des autres". C'est, a estimé Hillary Clinton, Franklin Delano Roosevelt qui a apporté la meilleure réponse en des temps autrement plus difficiles : "La seule chose dont on doit avoir peur, c'est la peur elle-même".

Fidèle à son slogan de campagne, "Plus forts ensemble" ("Stronger Together"), la candidate s'est dressée contre le racisme et les discriminations, se prononçant pour la régularisation des immigrants qui contribuent à la prospérité du pays. "Plutôt qu'élever des murs", a-t-elle martelé, en référence à celui que Donald Trump entend ériger le long de la frontière mexicaine, "nous allons bâtir une économie dans laquelle tous ceux qui veulent un emploi bien rémunéré pourront en avoir un".

La main tendue à Bernie Sanders

L'union des Américains passait, toutefois, cette semaine, à Philadelphie, par la réconciliation des Démocrates, sortis profondément divisés des primaires. Après avoir salué sa fille, Chelsea, qui l'avait introduite sur scène de façon sobre, simple et forte, son gendre, Marc, et son mari, « avec qui la conversation entamée au printemps de 1971 se poursuit, plus solide que jamais », c'est à Bernie Sanders et à ses partisans qu'Hillary Clinton a destiné ses premiers mots. "Votre cause est notre cause. Je vous ai entendus", a-t-elle dit. "Le pays a besoin de vos idées, de votre énergie et de votre passion. C'est le seul moyen de changer l'Amérique".

La candidate a concrètement annoncé sa volonté de travailler avec Bernie Sanders pour réduire le coût des études universitaires et soulager la dette que traînent trop longtemps les étudiants qui ont dû emprunter pour les payer. C'était une des propositions emblématiques du sénateur du Vermont, mais ce n'est pas la seule qu'Hillary Clinton a reprise à son compte. Elle a également exprimé son opposition aux traités commerciaux « injustes » et promis d'en découdre avec la Chine, rituellement accusée en période électorale de violer les règles de la libre concurrence, tandis que des partisans de Sanders donnaient de la voix pour dénoncer le TPP, l'Accord de partenariat économique stratégique transpacifique que Mme Clinton a d'abord soutenu, avant de prendre ses distances.

Réussir là où Barack Obama a échoué

Ce ralliement à certaines des thèses plus progressistes de son rival est aussi une façon pour Hillary Clinton de convaincre les électeurs qu'elle sera effectivement un facteur de changement, alors que d'aucuns, chez les Républicains, mais aussi chez les Démocrates, raillent un "troisième mandat Obama" si elle est élue. Toutefois, le changement, c'est aussi, pour la candidate, la volonté de faire aboutir les réformes que le Président sortant n'a pas réussi à imposer, sur l'immigration ou sur les armes à feu par exemple.

En se fondant sur son expérience au Sénat, Hillary Clinton se fait fort, en effet, de surmonter le clivage partisan pour amener Démocrates et Républicains à négocier le genre de compromis auquel étaient parvenus deux cent quarante ans plus tôt, dans cette même ville de Philadelphie, les représentants des treize colonies britanniques qui allaient enfanter une nouvelle nation. En achevant de discréditer l'approche de Donald Trump et sa vision de l'Amérique, la candidate a exhorté ses compatriotes à se méfier des gens qui, comme lui, assurent être "le seul à pouvoir le faire". "Nous, les Américains", a-t-elle insisté, "avons plutôt l'habitude de dire : nous allons le faire ensemble".