Certains, au Tchad, la voient succéder à son mari. Ils l’appellent "Madame la présidente". Au pouvoir depuis plus de vingt ans, Idriss Deby Itno ne semble pourtant pas prêt à laisser sa place ; en 2004, il avait fait modifier la Constitution pour lever la limitation des mandats présidentiels. Mais depuis qu’il l’a épousée, en quatrième noce, fin 2005, Hinda Deby a fait oublier les autres Premières dames.

Secrétaire particulière du président, elle s’est imposée comme sa collaboratrice la plus proche, quand Wazina ou encore Halimé s’étaient cantonnées aux missions traditionnelles dévolues à la femme d’un chef d’Etat. "Je demande conseil à Hinda avant de prendre la moindre décision", avait déclaré Idriss Déby Itno au "Washington Post" en 2006. Diplômée en finance après des études au Togo et au Maroc, la jeune épouse apparaît comme une conseillère de choix pour un dirigeant longtemps plus familier des lois de la rébellion que de la conduite d’un Etat - il s’est emparé du pouvoir en 1990 après une dizaine d’années de lutte armée.

Lorsqu’en 2006, il menace d’expulser les 200 000 réfugiés Soudanais qui ont fui la guerre dans la province voisine du Darfour, les conseils de sa cadette - elle a 31 ans, lui, 59 - le ramènent à la raison, selon des diplomates en poste dans le pays.

Hinda Deby aime aussi le devant de la scène. Les journaux tchadiens se souviennent encore de son discours du 1er février 2006, place de l’indépendance à N’Djamena, où elle se pose en mère de la nation, porte-parole des femmes et des sans-voix, suscitant une vague de soutien au régime de son mari, menacé par une rébellion et en conflit ouvert avec les institutions financières internationales. Depuis, la Première dame ne lésine pas sur les moyens pour entretenir son capital sympathie. Le régime a beau être régulièrement accusé de violations de droits de l’homme, elle s’affiche aussi souvent que possible au chevet des enfants vulnérables et des plus démunis. Les médias nationaux la suivent lorsqu’elle se déplace dans les quartiers inondés de N’Djamena, à l’automne 2010, pour distribuer des tentes et du matériel. Elle n’hésite pas non plus à mettre en avant sa ferveur musulmane, comme lorsqu’elle préside en octobre 2010 une compétition de lecture du Coran. En 2008, elle publie "La Main sur le cœur", un livre autobiographique. "Très tôt confrontée aux dures réalités de mon pays, j’ai vite compris qu’il n’y a qu’une réponse à la souffrance : l’action", écrit-elle. A l’entendre, sa dévotion à son pays est sans limite : "S’il le faut, je vais au front. Je sais où se trouve mon devoir"...

Loin de fuir le pathétique, la jeune femme dépeint sa vie conjugale avec emphase. Elle raconte préparer chaque matin le petit-déjeuner de son époux et inspecter jusqu’à sa paire de chaussettes. Le ton et la démarche agacent plus d’un observateur. Ils séduisent, aussi. Une habileté qui n’a pas échappé au Président. Aussi se déplace-t-il souvent accompagné de la belle - sa peau claire et ses yeux en amande lui valent les louanges des médias. Au lendemain de l’assaut lancé, le 13 avril 2006, par les rebelles du Front uni pour le changement (FUC) contre N’Djamena, le couple présidentiel parcourt les artères de la capitale. A la veille de l’élection présidentielle du 3 mai 2006, ils font ensemble le tour du pays. La campagne a vu Hinda mettre tout son zèle au service de la réélection de son mari, à force, dit-on au Tchad, de subventions aux associations et de cadeaux aux journalistes de la presse d’Etat ; Idriss Deby avait été réélu pour un troisième mandat avec officiellement 77,53% des voix. Le scrutin, comme celui d’avril dernier, à l’issue duquel Idriss Déby a été réélu avec 83,59% des voix, avait été boycotté par les principaux opposants. Cette année, ils dénonçaient notamment des fraudes lors des élections législatives de février, qualifiées de "mascarade électorale".

Si Hinda apparaît comme un atout pour le président tchadien, ce n’est pas seulement en raison de son sens politique. Pour certains observateurs, le mariage était, dès le départ, stratégique : par son union avec Hinda, disent-ils, le maître de N’Djamena sollicite l’appui du clan tribal de son épouse. Née Mahamat Acyl, Hinda est originaire de Ouaddaï, région frontalière du Soudan peuplée d’Arabes et de Mabas, sensibles aux appels de la rébellion. Hinda passe pour pouvoir empêcher un tel rapprochement et étendre le soutien au régime d’Idriss Deby. Une mission à laquelle elle se dévoue avec ardeur.