Rien n’est plus chiant que le journal télévisé sur les chaînes officielles chinoises. Les deux tiers sont rituellement consacrés aux activités quotidiennes des principaux dirigeants du pays, traitées dans le strict respect de l’ordre protocolaire. On se régale ainsi successivement du secrétaire général du Parti parcourant, satisfait, les rizières du Jiangsu ; du chef du gouvernement inspectant, admiratif, une usine de joints de culasse à Lanzhou ; du président du Parlement recevant, subjugué, une délégation obséquieuse et euphorique du Botswana.

Aussi, quelle ne fut pas la surprise des téléspectateurs chinois, mercredi, quand ils aperçurent une paire de fesses au beau milieu d’un reportage de CCTV sur une visite du vice-Premier ministre Li Keqiang à Baotou, en Mongolie intérieure. Les fesses d’un bambin qui déboula tout à coup dans le modeste logement dont M. Li était venu saluer consciencieusement les locataires, certes, mais des fesses tout de même.

Cette irruption de la vie réelle dans un exercice bien rodé de propagande qui ne laisse jamais rien au hasard, adossant les clichés les uns aux autres dans une mise en scène stéréotypée (décor convenu, protagonistes triés sur le volet, déclarations taillées sur mesure ), fait depuis la joie des internautes. "Que c’est bon quand c’est spontané et vrai", s’est exclamé l’un d’eux, cité par l’Agence France-Presse.

Il n’est pas sûr que les responsables de la chaîne partagent cet enthousiasme ; certains risquent d’ailleurs de prendre un solide coup de pied au cul pour avoir laissé passer ce crime de lèse-majesté. Qu’ils se consolent, pourtant : même les meilleurs se font prendre. On se rappelle que CBS avait montré à 100 millions d’Américains un sein de Janet Jackson lors de la retransmission de la finale du "Super Bowl" en 2004 (manque de "bowl", l’autre sein était resté invisible).

CBS ne s’en est jamais remis. Sa direction a adressé une mise en garde aux artistes qui se produiront ce dimanche à la cérémonie des "Grammy Awards" à Los Angeles. Digne du mémorable code Hays, l’avertissement les enjoint de proscrire fesses et seins dénudés - mais aussi les marques de vêtements trop apparentes : il y a la morale, et il y a l’éthique publicitaire.