La France "n'oubliera jamais" les victimes de la Shoah, a promis mardi François Hollande lors de son allocution depuis le parvis du Mémorial de la Shoah à Paris où il a notamment rendu hommage aux 76.000 Juifs de France déportés sous le régime de Vichy.

Le chef de l'Etat doit ensuite se rendre dans l'après-midi à Auschwitz à l'occasion du 70e anniversaire de la libération des camps de la mort nazis.

"Je sais ce qui vous tourmente: qui parlera quand vous ne serez plus là ? Je vous fais cette promesse: la République française n'oubliera jamais", a déclaré le président français, s'adressant aux survivants de la déportation, depuis le parvis du Mémorial de la Shoah à Paris.

M. Hollande a rendu hommage aux victimes du "plus grand crime jamais commis contre l'humanité", "perpétré ici, en terre d'Europe, par le régime d'une des nations les plus civilisées de notre continent et il trouva des alliés et des complices, jusqu'en France sous le gouvernement de Vichy".

Le chef de l'Etat s'est entretenu avec cinq déportés et cinq jeunes lycéens travaillant sur les lieux de mémoire en France. Il s'est également recueilli dans la crypte où il a déposé une gerbe et observé une minute de silence.

"L'?uvre du mémorial est essentielle pour notre temps. Ici la mémoire se conjugue à la réflexion pour conjurer la barbarie et inventer l'avenir", a écrit le président français sur le livre d'or du Mémorial.

Premier centre d'archives d'Europe sur la Shoah, le Mémorial de la Shoah réunit plusieurs millions de documents, dont le fichier des juifs pourchassés par la police de l'Etat français, réalisé par la préfecture de police sur ordre des nazis.

Cette journée d'hommage intervient trois semaines environ après les attentats de Paris, dont une prise d'otage sanglante dans un supermarché casher de la capitale, et alors que le Conseil représentatif des institutions juives de France a annoncé mardi que le nombre d'actes antisémites avait doublé en France en 2014 par rapport à 2013.


"Pas d'identité allemande sans Auschwitz", pour le président Gauck

Le président allemand Joachim Gauck a estimé mardi qu'il n'y avait "pas d'identité allemande sans Auschwitz", 70 ans après la libération du camp d'extermination nazi, assignant au pays le devoir de "protéger les droits de chaque être humain".

"Il n'y a pas d'identité allemande sans Auschwitz. La mémoire de l'Holocauste demeure l'affaire de tous les citoyens qui vivent en Allemagne", a martelé M. Gauck lors d'un discours d'hommage aux victimes du nazisme devant les députés du Bundestag, en présence de la chancelière Angela Merkel.

"Ici en Allemagne, où nous longeons chaque jour des maisons depuis lesquelles des Juifs ont été déportés; ici en Allemagne, où leur annihilation a été prévue et organisée. Ici, l'horreur passée est plus proche et la responsabilité (...) plus grande et impérative qu'ailleurs", a-t-il insisté.

Retraçant la tumultueuse émergence d'une mémoire collective de la Shoah dans l'Allemagne d'après-guerre, M. Gauck a dépeint un pays désormais transformé par l'immigration et devenu "une communauté de responsabilité".

Même les jeunes qui n'ont pas connu la guerre, "même les gens dont les racines ne sont pas allemandes se sentent touchés lorsqu'ils découvrent le nom de leurs anciens propriétaires parmi les victimes d'Auschwitz", a poursuivi le président allemand.

Il a évoqué les immigrants les plus récents, "qui ont pu être eux-mêmes persécutés" ou "venir de pays où l'antisémitisme et la haine d'Israël sont répandus", estimant qu'il fallait "leur donner la vérité historique".

Pour M. Gauck, "le devoir moral" de l'Allemagne "ne réside pas uniquement dans le souvenir" mais assigne au pays "une mission". "Il nous dit: protège et préserve l'humanité. Protège et préserve les droits de chaque être humain", a-t-il déclaré.

"Nous le disons à une époque où nous devons une nouvelle fois, en Allemagne, nous entendre sur la coexistence de plusieurs cultures et religions", a-t-il ajouté, allusion au débat sur l'islam et les réfugiés qui agite le pays depuis plusieurs mois, ainsi qu'à la multiplication des actes ou paroles antisémites et islamophobes.