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On savait déjà François Hollande "président le plus impopulaire de la Ve République", mais le dernier sondage orchestré dans l'Hexagone confirme la mauvaise tendance. Il a été réalisé du 23 au 26 octobre auprès d'un échantillon représentatif de 1.000 personnes âgées de 18 ans et plus. Le président français y perd encore deux points dans le baromètre politique mensuel TNS Sofres publié par et pour le Figaro Magazine ce jeudi. Il ne sont plus désormais que 21% à garder confiance en le chef de l'Etat, soit deux points de moins que dans la précédente enquête. La grogne est même devenue majoritaire dans les rangs des habituels partisans de gauche, où 51% des troupes désavouent leur leader aujourd'hui.

Victime collatérale ou solidaire de François Hollande, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault voit lui aussi sa cote amputée de deux points, pour un bilan actuel de 22% de citoyens à lui faire confiance, son plus médiocre score depuis son arrivée à Matignon. 

Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, demeure pour sa part sur la première marche des politiques plébiscités par les électeurs français, caracolant à 44% de faveurs, soit un point de plus qu'aux derniers échos. Nicolas Sarkozy le talonne toujours au classement avec 33%, accusant néanmoins deux petites unités de moins.

Derrière, les anciens Premiers ministres Fillon et Juppé suivent de près (-2 points chacun à 31%) et la présidente du FN Marine Le Pen reste en embuscade (-3 points à 30%).

Municipales: les enjeux locaux pourraient limiter les effets d'un vote-sanction

La multiplication des déconvenues essuyées par l'exécutif ces dernières semaines et le fossé qui se creuse avec l'opinion annoncent "un vote-sanction" aux municipales de mars 2014 mais le pire n'est pas sûr pour un PS aux élus solidement implantés, estiment les experts électoraux. Très nombreux, les maires socialistes sortants pourraient d'autant mieux tirer leur épingle du jeu là où le Front national, qui a le vent en poupe, imposera des triangulaires au second tour.

A moins de cinq mois du scrutin des 23 et 30 mars prochain, le contexte national n'a jamais été aussi défavorable à la gauche, avec un exécutif affaibli par les polémiques, assorties de reculs du gouvernement, sur les Roms (l'affaire Leonarda) et "le matraquage fiscal" (taxation de l'épargne, écotaxe...). "Jamais depuis 1958 un président de la République n'a été si impopulaire", constate Jérôme Fourquet, de l'Ifop, à l'instar de tous les instituts de sondages.

Dans les enquêtes réalisées, "la tendance nationale est très négative, il y a une volonté de sanction" des socialistes au pouvoir qui s'est renforcée cet automne, et cette dimension "pèse déjà beaucoup plus lourd qu'à la même époque avant les municipales de 2008", ajoute-t-il. Selon la façon dont la question est posée, entre un quart et 40% des sondés évoquent ce vote-sanction. Le scrutin d'il y a six ans s'était soldé par une défaite du camp Sarkozy et une nette victoire de la gauche, PS en tête, qui avait emporté 58% des 269 villes de plus de 30.000 habitants. De la même façon, la gauche avait perdu des dizaines de villes en 1983, moins de deux ans après son arrivée au pouvoir.

Depuis l'accession de François Hollande, le PS a perdu toutes les élections partielles - législatives ou cantonales -, n'accédant parfois même pas au second tour. "On est en train d'envoyer une génération d'élus socialistes, des maires, qui ont fait du bon boulot, à la boucherie électorale", fulmine le député PS Malek Boutih, qui dit "sentir une grande colère monter chez les élus". En mars, le défi "va être de mobiliser notre électorat", "le 1er tour sera très difficile", affirme-t-on de source gouvernementale.

En outre, la pré-campagne se fait "sur des thématiques très préjudiciables au gouvernement, qui prennent de la force au niveau local, comme la fiscalité, l'immigration et la sécurité", observe Emmanuel Rivière (TNS Sofres). D'où les tentatives des élus de gauche de "remettre au coeur de l'agenda des thèmes porteurs pour eux, comme l'école, l'emploi", ajoute-t-il.

La gauche a toutefois des atouts. La gestion municipale "touche en profondeur le quotidien des citoyens" et les électeurs savent que leur vote sert à "donner les clés de la ville à une équipe", souligne Jérôme Fourquet. Or, beaucoup de maires socialistes sortants sont réputés "professionnels, solides, sérieux, leur bilan n'est pas négligeable". "Un sortant, s'il a un bon bilan et une bonne image, peut ne même pas sentir la vague" du vote-sanction, affirme Emmanuel Rivière, qui prend l'exemple de Gérard Collomb à Lyon. Ce sera selon lui "plus compliqué" pour un maire non sortant, comme Anne Hidalgo à Paris ou Patrick Mennucci à Marseille.

A l'inverse, la droite, dominée depuis dix ans sur les territoires, souffre localement d'"un déficit de personnel politique", remarque M. Fourquet, qui rappelle que le patron de l'UMP, Jean-François Copé, avait, plaisantant à moitié, envisagé en février dernier de recruter des candidats "par petites annonces". Pouvoir présenter des listes complètes (parfois plusieurs dizaines de noms) dans presque toutes les villes de 10.000 habitants au moins constituera le principal défi du Front national. Un pari "pas possible" à tenir, selon M. Rivière.

Mais "le Front national va faire de gros scores" là où il sera présent, notamment dans ses zones de forte implantation comme le Sud-Est, le Pas-de-Calais ou l'Oise, pronostique M. Fourquet. De source gouvernementale, on estime que le parti de Marine Le Pen "ne gagnera pas beaucoup de villes" mais qu'il entrera dans de nombreux conseils municipaux. "Il risque de jouer un rôle déterminant car il pourrait empêcher la droite de ravir beaucoup de communes à la gauche", ajoute le chercheur de l'Ifop. Pour se maintenir au second tour, il faut réunir au premier 10% des suffrages exprimés. Une barre que Marine Le Pen avait franchi dans quelque 900 communes en avril 2012. Mais "il n'y a pas de décalque automatique" d'une présidentielle sur des municipales, soulignent les politologues.

Combinée à une forte renommée locale, l'hypothèque FN pourrait sauver la mise de nombre de sortants socialistes dans un environnement national profondément hostile. A l'UMP, Jean-François Copé aborde d'ailleurs l'échéance avec prudence, se refusant à prédire "une vague bleue".