Ne pas trop donner dans l’auto-congratulation. Car cet accord fut long et laborieux, son élaboration a tendu l’axe Paris-Berlin, et son issue imposera à la Grèce une cure d’austérité dont François Hollande peut difficilement s’extasier, lui qui ne reconnaît même pas mener une politique de rigueur dans son propre pays. Mais, pour autant, souligner le moment. Et ne pas se laisser marcher sur les pieds ni rudoyer par quiconque, a fortiori pas par Nicolas Sarkozy. Telles ont été les axes subliminaux de la communication de l’Elysée, lundi.

"Un grand président de la République"

Ainsi, si le chef de l’Etat français a salué "une décision à bien des égards historique", et jugé qu’il était du "devoir" de la France d’avoir œuvré à "trouver un bon chemin pour l’Europe", il a laissé à d’autres le soin de faire ses louanges. Manuel Valls a donc dit sa "fierté" de travailler aux côtés d’"un grand président de la République", à la "méthode" s i "intelligente" et si "fine". Et l’armada des barons socialistes a encensé la "ténacité", le "poids", le "savoir-faire diplomatique" et la "détermination" de François Hollande. Quant à la minimisation des tensions franco-allemandes, s’en sont chargés le représentant français à la Commission, le PS Pierre Moscovici ("Pas de déchirement du couple franco-allemand."), et l’ambassadeur d’Allemagne en France ("Le couple franco-allemand fonctionne à merveille !").

Les socialistes n’en ont pas moins fait feu sur Nicolas Sarkozy. Qui, dimanche soir, dans un timing curieux, avait publiquement sommé son successeur de "se ressaisir". "Quand on est un ancien président, on n’affaiblit pas la position de la France, on aide son pays, on est à la hauteur de ses responsabilités", l’a recadré Manuel Valls. Et l’arrière-banc socialiste d’assassiner les "propos honteux" d’un "personnage à l’incommensurable médiocrité", qui serait uniquement animé par un "désir de revanche" après sa défaite de 2012.

Guère de changement, sur le plan interne

Loin des mâles indignations de l’extrême droite et de l’extrême gauche, la droite sarkozyste, comme prise de court par un accord qu’elle n’aurait pas anticipé, en a été réduite à bredouiller des réactions contradictoires. Se félicitant que l’hôte de l’Elysée se soit "ressaisi", mais minimisant son "rôle relativement mineur" tout au long de cette séquence européenne.

Une séquence dont François Hollande ne devrait pas tirer un grand bénéfice, en interne. L’Europe aurait-elle échoué que la perception - déjà ténue - qu’ont les Français de l’influence de l’intéressé (et donc de sa présidentialité), aurait été encore amoindrie. Pour autant, il serait étonnant que l’accord engrangé fasse beaucoup bouger les lignes au niveau hexagonal, les Français se déterminant traditionnellement peu sur les questions internationales.