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Hollande face à la presse, un président et un homme fébrile

Dorian de Meeûs

Publié le - Mis à jour le

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'hôte de l’Élysée était très attendu au tournant. Face à 600 journalistes, François Hollande devait préciser son virage social-libéral, défendre son bilan et clarifier la situation du couple présidentiel. Y est-il parvenu? Analyse de Dorian de Meeûs


"Les affaires privées se traitent en privé"

C'est un homme tendu et visiblement fatigué qui s'est présenté devant la presse française et internationale. Malgré une volonté affichée de lancer "une bataille" pour relancer la croissance de l'économie française, François Hollande semblait fébrile, comme assommé par une succession interminable de fausses notes qui l'ont plombé dans les sondages et dans sa vie privée.

A la question - devenue incontournable depuis les révélations sur sa vie privée - de savoir si Valérie Trierweiler était toujours la Première dame de la République, François Hollande botte en touche et clôt le débat sur ce sujet, du moins le temps de cette conférence de presse. "J'ai un principe : les affaires privées se traitent en privé, dans une intimité respectueuse de chacun. Ce n'est donc ni le lieu ni le moment de la faire. Mais si je ne répondrai à aucune question sur ce sujet aujourd'hui, je le ferai avant le rendez-vous dont vous parlez (ndlr. avec Barack Obama)".

Une clarification sur le rôle de Valérie Trierweiler interviendra donc avant le 11 février. Une date bien lointaine, qui pourra difficilement mettre un terme à la tempête médiatique. Dans le même temps, il lui était impossible de trancher cette question devant le monde entier alors que sa compagne est encore et toujours hospitalisée.

La fonction de Première dame doit-elle être supprimée? "Il n'y a pas de statut de la Première dame, il n'y en a jamais eu", répond Hollande à cette nouvelle question sur cette affaire. "Il y a une pratique qui a varié dans le temps, et c'est un usage. Ce qui pour moi est essentiel c'est la transparence. Le nom du conjoint doit être connu, publié."

A une question sur d'éventuelles poursuites contre le magazine Closer, François Hollande n'est pas plus concret. Il rappelle que son "indignation est totale" face à cette violation de sa vie privée. Il ajoute ne pas savoir s'il poursuivra Closer devant la justice. "Je suis protégé par une immunité, et vous le savez, c'est-à-dire qu'on ne peut pas m'attaquer. Puis-je attaquer les autres?" Bref, ici aussi, pas de décision pour le moment.

Il tient aussi à démentir le fait que sa personne physique ait été mise en danger lors de ces sorties très privées: "Partout, et à tout moment, ma sécurité a été assurée. Partout, je suis protégé. Que personne ne s'inquiète là-dessus, et je remercierai le chef de l'opposition pour les sages précautions qu'il m'indique", ironise le chef de l'Etat en allusion aux propos de Christian Jacob (UMP) à l'Assemblée nationale.

Fin des cotisations familiales pour les entreprises

Sur le plan économique, nettement plus important pour l'avenir des Français, François Hollande a fait quelques annonces concrètes. La France, considérée de plus en plus comme le mauvais élève de l'Europe, se devait de clarifier ses choix économiques. Le chef de l’État français dit qu'il poursuivra l'allégement du coût du travail pour les entreprises et les travailleurs indépendants.

D'emblée, il annonce, d'ici à 2017, "la fin des cotisations familiales" pour les entreprises et indépendants. Une telle mesure représente 30 milliards d'euros de charges en moins sur les entreprises. Avant même la fin du discours, le Medef - patronat français - se réjouissait d'une telle annonce.

"Sans les entreprises, il ne peut y avoir de création d'emplois dans la durée, c'est pourquoi j'ai proposé le pacte de responsabilité"
martèle-t-il tout en précisant que la loi sur ce pacte devrait être votée en automne. Concrètement, dès la fin du mois de janvier, les partenaires sociaux seront reçus et les assises de la fiscalité seront lancées par Jean-Marc Ayrault. Les discussions se concluront lors de la grande conférence sociale du printemps.

Le président socialiste promet de réduire les dépenses publiques : "Je constituerai donc autour de moi un conseil stratégique de la dépense. Il se réunira chaque mois pour évaluer les politiques publiques." François Hollande assure qu'il faut " réduire la dépense publique. C'est le préalable à toute baisse d'impôts, la condition pour la réalisation du pacte." Il tente de rassurer les ménages en ajoutant que ces mesures ne se traduiront pas par un transfert de charges des entreprises vers les ménages.

Ce discours représente clairement une inflexion idéologique de François Hollande, qui semble se tourner vers les entreprises après une campagne électorale (2012) et un début de mandat marqués par un discours peu tourné vers le secteur privé. Un tel changement est aussi un risque pour le socialiste, les sympathisants de gauche pouvant lui reprocher ce changement de cap ou le non-respect de son programme. C'est pourquoi il prend le soin d'affirmer ne pas être "gagné par le libéralisme, c'est tout le contraire, puisque c'est l'Etat qui prend l'initiative."

Après une bonne demi-heure de discours, le président français évoque enfin - mais brièvement - l'Europe, ou plutôt le couple franco-allemand. On retiendra qu'il souhaite une initiative des deux pays sur l'harmonisation de la fiscalité et l’énergie.

Dieudonné et ses spectacles "antisémites"

François Hollande a d'abord tenu à "saluer une victoire" face à l'interdiction du spectacle de Dieudonné. "Etait-il possible d'empêcher (Dieudonné) de faire des spectacles dont une partie était antisémite ? Nous avons dit qu'on allait l'empêcher." D'après le président, l'atteinte à la liberté des personnes était bafouée et le trouble à l'ordre public pas garanti. "Certains suivent M. M'bala M'bala en pensant qu'il n'est pas antisémite. Il est très important qu'ils puissent connaitre la réalité (...) Il faut continuer à dénoncer le caractère antisémite des spectacles de Dieudonné (...) Tous les citoyens doivent être protégés contre les discriminations."

On retiendra de cet exercice, globalement peu convaincant, quelques dates et échéances pour clarifier de nombreux points de sa politique économique (détails du Pacte de responsabilité) et sur sa vie privée (Qui est la Première dame?). A l'exception de la suppression des allocations familiales des entreprises, cette conférence de presse n'a finalement que repoussé les questions qu'on se posait encore ce mardi matin.  


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