Effervescence médiatique assurée, ce jeudi, à l’Elysée. Où sont reçus les présidents de la Fédération et de la Ligue de football professionnel, Noël Le Graët et Frédéric Thiriez, ainsi que les dirigeants de plusieurs grands clubs. Cette rencontre survient à un mois de l’opération “Journée blanche”, dont menace l’Union des clubs professionnels. A savoir, un dernier week-end de novembre, sans le moindre match – du jamais vu en France, depuis quarante ans – pour protester contre un projet qui représenterait “une catastrophe économique” pour la compétitivité du football tricolore.

Une longue saga, et plusieurs gifles

En cause, la fameuse taxe sur les hauts revenus du foot : déjà votée par les députés, en attente de débat au Sénat. Pendant deux ans (2013 et 2014), “une contribution exceptionnelle de solidarité” serait imposée aux clubs salariant des joueurs à plus d’un million d’euros par an. Cela rapporterait 40 millions d’euros par an à l’Etat – à comparer aux plus de 45 milliards qu’il tire de l’impôt sur les sociétés. Serait assujettie la quinzaine de clubs rémunérant 120 joueurs millionnaires.

En fait, le coup d’envoi du match de cet après-midi, à l’Elysée, avait été donné dès février 2012. Sur TF1, François Hollande, alors candidat à l’Elysée, avait, à la surprise, y compris de son équipe de campagne, sorti de son chapeau cette idée de tranche d’impôt à 75 %.

Cela lui avait permis de fameusement relancer sa campagne, qui patinait. Mais, six mois après son élection à l’Elysée, François Hollande s’était pris une gifle. Le Conseil constitutionnel avait censuré son projet, le jugeant injuste, car ne tenant pas compte de la composition des foyers fiscaux. Trois mois plus tard, en mars dernier, nouveau camouflet. Le Conseil d’Etat, cette fois, mettait en garde contre un taux d’imposition excédant 66 %. L’exécutif avait fini par se rabattre sur une supertaxe de 75 % frappant, non les particuliers, mais les entreprises salariant les contribuables les plus fortunés : les stars du foot, notamment – mais pas les artistes, épargnés après “l’affaire Depardieu”.

“Ce coût du travail délirant va étrangler les clubs !”, avait aussitôt hurlé Frédéric Thiriez. Pour la Ligue de foot, cette taxe “met en danger” un secteur “qui fait vivre 24 000 salariés et 1 000 joueurs” . Car “les clubs, pour la payer, devront se séparer de leurs meilleurs joueurs, au profit d’autres clubs européens. Ce qui affaiblira le niveau du championnat français” et “reléguera notre championnat en 3e division européenne” . On va “condamner les clubs à chasser leurs meilleurs joueurs, ou à déposer leur bilan” . Alors que, déjà, le foot tricolore, “le plus fiscalisé d’Europe” (le patron du club de Lille), “ se meurt” (son homologue de l’OM) .

La droite UMP est sur la même ligne. Et ajoute que, “sous couvert d’égalité, ce sera l’iniquité. On favorisera le PSG (dont les investisseurs ont les moyens de compenser cette taxe) et l’AS Monaco (qui ne paiera aucun euro d’impôt, étant soumis au système fiscal monégasque)” . Pareillement, les centristes de François Bayrou, jugent que c’est “une très mauvaise idée, complètement démago” . Et, “une fois de plus, un dossier mal ficelé” .

“Un effort partagé par tous, une même règle pour tous”

“Les Français ne comprendraient pas que le football professionnel, vu comme un secteur privilégié, ne participe pas à l’effort collectif de redressement” , rétorque la ministre des Sports. Son collègue en charge du Budget l’a encore répété, mardi, à l’Assemblée : “Ce n’est pas un impôt sur la réussite” , mais une taxe s’inscrivant “dans le souci du gouvernement que l’effort soit partagé par tous” . François Hollande, lui-même, a insisté : “La loi fiscale est la même pour toutes les entreprises, la règle est la même pour tous.” En haut lieu, on dément la mise en danger des clubs : le montant de la taxe sera plafonné à 5 % de leur chiffre d’affaires. On voit donc cette “Journée blanche” comme “des réflexes d’enfants gâtés” – dixit le chef des députés PS. Ce qui est aussi l’avis des Français : huit sondés sur dix prônent la taxe.

Le climat risque donc d’être tendu, à l’Elysée, ce jeudi. Le gouvernement dit chercher “l’apaisement” et François Hollande accepte “qu’ on dialogue sur un certain nombre de difficultés” posées. Mais, à ce stade, rien n’indique que le pouvoir va, une fois encore, reculer.