Les cérémonies du 11 novembre, date anniversaire de la fin de la Première Guerre mondiale, ont été troublées, fait rare, par des manifestants venus conspuer le président François Hollande et 70 d'entre eux ont été arrêtés.

Des manifestants d'extrême droite et des "bonnets rouges", du nom de ces contestataires qui en Bretagne se sont opposés parfois violemment à l'entrée en vigueur d'une taxe, ont hué le président au passage de son cortège sur les Champs-Elysées.

François Hollande se rendait à l'Arc de Triomphe pour raviver la flamme sur la tombe du soldat inconnu, symbole des soldats morts pendant la Première Guerre mondiale et plus généralement pour la France.

Les forces de l'ordre ont procédé à 70 interpellations, selon la préfecture de Police de Paris. Des slogans "Hollande, ta loi on n'en veut pas" ou "Hollande démission" ont retenti et des personnes portant le bonnet rouge, symbole des opposants bretons à l'écotaxe, ont conspué le gouvernement.

Plusieurs protestataires brandissaient des drapeaux français, l'un d'eux un drapeau breton.

#BonnetsRouges arrêtés sur les Champs #11Novembre pic.twitter.com/COQmREIF2u

— guiton (@guiton9) November 11, 2013

Sur internet, des appels à venir perturber la cérémonie circulaient depuis la veille au point que Christian Troadec, l'un des porte-parole du collectif "Vivre, travailler et décider en Bretagne", à l'origine du mouvement des "Bonnets rouges", avait tenu à condamner par avance cette initiative.

Plus tôt dans la matinée de lundi, le candidat d'extrême droite à la mairie de Paris, Wallerand Saint-Just, et une vingtaine de soutiens qui se tenaient à quelques centaines de mètres de l'Arc de triomphe, avaient été empêchés d'approcher par les forces de l'ordre, a constaté une journaliste de l'AFP sur place.

"On n'en peut plus", a affirmé un jeune homme de 25 ans sous couvert d'anonymat, expliquant être venu dans l'intention de "siffler" le président et de dénoncer "l'amateurisme de ce gouvernement, les impôts excessivement élevés, le mariage" homosexuel.

Ces cérémonies sans prise de parole, ni invités particuliers, centrées sur la personne du chef de l'Etat, marquaient le lancement des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale.

Réactions

Aujourd'hui sur les Champs-Elysées, quelques dizaines d'individus liés à l'extrême-droite, au Printemps français, au Renouveau français n'ont pas voulu respecter ce moment de recueillement et de rassemblement", a dit à la presse Manuel Valls, faisant état de la présence de personnalités du Front national sur les Champs-Elysées.

"Ces événements sont inacceptables, insupportables, on ne peut pas ainsi mettre en cause la mémoire de ceux qui sont morts pour la France, on ne peut pas utiliser un rassemblement de ce type pour s'attaquer aux valeurs de la République et de notre pays", a-t-il ajouté.

Selon la préfecture de police de Paris, 73 personnes ont été interpellées au total. La manifestation a été dispersée parce qu'elle n'était pas autorisée, indique-t-on dans l'entourage du chef de l'Etat.

Pointé du doigt par le gouvernement, le FN a riposté en dénonçant des arrestations "préventives et arbitraires d'adhérents venus assister pacifiquement aux cérémonies" et a exigé leur libération immédiate.

"Je désapprouve (les manifestations) et le FN n'y est strictement pour rien", a déclaré la présidente du Front nationale Marine Le Pen sur BFM TV. Le FN "a même été victime d'arrestations qu'il faudra éclaircir, ce sont des méthodes réservées aux pays à tendance totalitaire."

Un porte-parole du mouvement des "Bonnets rouges" qui manifestent depuis plusieurs semaines contre l'écotaxe, Christian Troadec, a condamné la manifestation parisienne et a assuré que ces personnes n'avaient rien à voir avec son mouvement.

Dans la classe politique française, plusieurs voix se sont également élevées pour dénoncer un mouvement de protestation hors de propos.

"La colère des Français est immense (...) mais le moment ne s'y prête pas, c'est un moment de solennité, de recueil, de souvenir", a dit l'ancien ministre de la Défense et président du Nouveau Centre Hervé Morin sur i>TELE. "Même si François Hollande n'est pas à la hauteur de la situation en tant que président de la République, il représente l'unité nationale".

Sur son compte Twitter, le président du groupe EELV au Sénat Jean-Vincent Placé s'en prend lui aux "nervis de l'extrême-droite qui conspuent le chef de l'État en ce jour de mémoire et de recueillement pour nos morts et pour la paix".

A droite, le président de l'UMP Jean-François Copé a regretté "qu'on vienne mélanger les genres un jour comme le 11 novembre".

"Je pense que ce sont des moments où il n'y a pas de place pour le débat politique et c'est un moment qui doit être exclusivement dédié à la mémoire de ceux qui ont donné leur vie pour que ce pays soit une République et une démocratie", a-t-il dit sur Canal +. "Au moment d'un défilé patriotique on ne siffle pas un président de la République".

Toutefois, "le niveau d'inquiétude dans notre pays est extrême et donne aussi lieu quand le pouvoir ne veut rien entendre à des dérives extrémistes, ce jeu-là est un jeu extrêmement dangereux", a-t-il ajouté.