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"La victoire, je la sens venir", a affirmé le candidat socialiste François Hollande qui donnait jeudi soir à Toulouse le dernier grand meeting de sa campagne, à trois jours du second tour de la présidentielle.

D'après le PS, 20.000 personnes s'étaient réunies place du Capitole pour l'écouter, 40.000 en comptant celles rassemblées sur les allées Jean-Jaurès. "Le temps de l'alternance est venu! Nous attendons depuis si longtemps ce moment. Dix ans qu'il n'y a pas eu la gauche au pouvoir! Dix-sept ans qu'il n'y a pas eu un président de gauche à la responsabilité du pays", a rappelé François Hollande.

Comme l'avait fait avant lui François Mitterrand, le candidat socialiste a donné son dernier grand meeting à Toulouse, "ville rose" et "ville fière qui aime la castagne mais qui aime la victoire". "De nouveau, la gauche est là, prête à diriger le pays", a-t-il déclaré en ouverture d'un discours de 40 minutes destiné à mobiliser avant le scrutin décisif. Le candidat socialiste a souhaité que le 6 mai prochain soit le jour "de la victoire", "de la conscience", "de l'espoir retrouvé". "Si nous l'emportons, et nous l'emporterons, je veux que cela efface le souvenir cruel du 21 avril 2002", a confié François Hollande. Il avait été précédé sur scène par Lionel Jospin, Premier ministre socialiste qui avait été éliminé dès le premier tour de la présidentielle de 2002 en recueillant moins de voix que le candidat du Front national Jean-Marie Le Pen.

Cette fois, "toutes les conditions pour l'emporter" sont réunies, a assuré François Hollande, qui est arrivé en tête du premier tour le 22 avril dernier. Cependant, "rien n'est fait, rien n'est acquis, rien n'est conquis, rien n'est décidé", a mis en garde le député de Corrèze, en appelant à une "mobilisation sans retenue". Prônant un "élargissement" au-delà de son camp, il s'est adressé "à celles et ceux qui partagent ces valeurs humanistes, à ces concitoyens libres de toute appartenance et qui à un moment décident en conscience de confier à la gauche la responsabilité de leur destin".

Le socialiste tendait la main aux électeurs centristes au moment même où François Bayrou annonçait qu'à titre personnel, il voterait Hollande dimanche. Lors de son allocution à Paris, le président du MoDem s'est cependant gardé de donner une consigne de vote aux 9,13% d'électeurs qui l'avaient choisi au premier tour. Au lendemain du débat télévisé qui l'a opposé à Nicolas Sarkozy, François Hollande a ironisé sur "les qualités de modestie, de retenue et de réserve" du "candidat sortant", qui ne voulait faire "qu'une bouchée de ce débat" mais qui a dû "rester sur sa faim". "J'ai pu lui dire bien en face ce que vous aviez sur le coeur (...) Maintenant, c'est à vous de lui exprimer bien en face ce que vous avez à lui dire", a lancé François Hollande à la foule enthousiaste. "La victoire, vous allez aller l'arracher des mains de la droite pour l'offrir au peuple tout entier". Reprochant à la droite d'utiliser les "arguments de la peur", notamment sur le droit de vote des étrangers, François Hollande s'est engagé à ce que la question de la communauté ne soit "jamais posée" dans la République laïque qu'il entend défendre.

En écho au thème des frontières développé dimanche dernier à Toulouse par Nicolas Sarkozy, François Hollande a plaidé: "Si des frontières doivent être rétablies, elles doivent l'être aussi sur le plan moral. La frontière, elle doit être posée entre l'intérêt général et les intérêts particuliers. La frontière, elle doit être placée entre l'argent et la politique. La frontière, elle doit être posée strictement entre les valeurs de la République et les valeurs de ceux qui mettent en cause la République". Une allusion au cordon sanitaire qui s'écaille entre l'UMP et le FN. Celui qui avait déclaré dans son discours du Bourget "J'aime les gens quand d'autres sont fascinés par l'argent" a renchéri: "J'aime encore davantage après cette campagne les Français et je suis toujours aussi méfiant à l'égard de l'argent". Durant le quinquennat écoulé, "l'argent a été sacré et les fortunes consacrées", a accusé François Hollande. "Les services publics ont reculé, les inégalités se sont creusées".

Le candidat socialiste a ensuite formulé sa "promesse de Toulouse": "Si les Français m'accordent leur confiance, le président que je serai ressemblera au candidat que je suis, candidat respectueux, candidat rassembleur, candidat normal pour une présidence normale au service de la République". "Je veux que notre victoire soit belle, soit grande. Je veux que ce soit une victoire sans rancune, sans rancoeur, sans revanche", a-t-il dit. "Je veux une victoire qui permette de réunir, de réconcilier, de rassembler". Au milieu de la foule réunie place du Capitole, Maryse Dufront avait installé son fauteuil de camping entre les deux écrans géants. "Il faut le changement! J'espère que ce meeting va finir de convaincre ceux qui hésitent", a confié cette militante socialiste venue des Landes en car.

"La société française a besoin d'être rassemblée", a estimé un autre militant, André Peyre Lavigne, qui attend de François Hollande "un nouveau modèle économique pour redynamiser l'emploi et le travail". "Le rassemblement", c'est aussi l'idée forte dans laquelle se reconnaît Gaëlle Ruiz, 20 ans, étudiante en droit à Rodez. De François Hollande, elle espère "une vraie politique en faveur des jeunes et de leur avenir".