Le choix de Jean-Claude Juncker pour présider la Commission européenne n'est pas une question vitale pour le Royaume-Uni, a affirmé jeudi le président français François Hollande. Il a dès lors exclu que Londres puisse bloquer les institutions européennes pour imposer un droit de véto sur cette question.

L'opposition farouche du Premier ministre britannique David Cameron à la désignation de M. Juncker a remis au goût du jour le "compromis de Luxembourg", qui doit permettre aux Etats membres de préserver leurs intérêts essentiels. En 1966, après six mois de boycott des institutions européennes par la France de Charles de Gaulle (la "politique de la chaise vide"), les six Etats membres de l'époque ont convenu de trouver des consensus chaque fois que l'un d'entre eux serait marginalisé sur un enjeu essentiel.

Certains imaginent que ce compromis pourrait être invoqué aujourd'hui par David Cameron, seul à s'être opposé frontalement à Jean-Claude Juncker. Les autres dirigeants européens, même si tous ne sont pas enthousiastes, se sont en effet ralliés à la candidature du Luxembourgeois.

Mais pour François Hollande, n'est pas Charles de Gaulle qui veut. "Il ne s'agit pas d'un choix déterminant pour l'avenir d'un pays et qui mériterait un véto", a-t-il déclaré jeudi, à son arrivé à une réunion des dirigeants socialistes européens. Evoquant explicitement le compromis de Luxembourg, il a jugé que "nous ne sommes pas dans ce cas de figure". "Ce qui compte, c'est la personne, mais surtout les orientations", selon lui.

"S'il peut y avoir une interrogation britannique à ce sujet, je suis pour le vote. Il y a un moment où il est nécessaire que l'Europe dise ce qu'elle veut", a poursuivi le président français.

Il a encore appelé à "respecter les institutions" et "la démocratie", une critique voilée contre l'attitude de David Cameron, qui refuse le rôle de premier plan que le Parlement européen veut s'arroger dans la procédure - et qui est à l'origine du choix de M. Juncker.

Le Britannique n'a pas été particulièrement ménagé non plus par Martin Schulz, le président allemand du Parlement européen. "C'est à lui de voir s'il veut être marginalisé ou au contraire impliqué dans les affaires européennes", a dit M. Schulz. "Soyons honnêtes, (la campagne de M. Cameron) n'est pas une attitude politique normale. Le choix de Jan-Claude Juncker ne devrait pas être synonyme d'isolement complet pour le Royaume-Uni".



Les libéraux rallient la coalition majoritaire droite-gauche 

L'Alliance des libéraux et démocrates d'Europe (Alde) s'est ralliée jeudi à la majorité droite-gauche au Parlement européen, confortant les chances de Jean-Claude Juncker d'être adoubé par les députés européens à la tête de la Commission européenne. Cet accord "garantit une meilleure base afin de construire une majorité stable pour la prochaine Commission européenne", a précisé dans un communiqué l'Alde, quatrième groupe au Parlement européen avec 67 élus et présidé par Guy Verhofstadt. Le ralliement du groupe centriste pourrait pallier d'éventuelles défections quand le successeur désigné à José Manuel Barroso devra, à la mi-juillet, recueillir au moins 376 voix sur 751 au Parlement européen.


D'où viennent les douze présidents de la Commission ?

(Photos : Médiathèque de la Commission)