La reconnaissance par l’Onu d’une Palestine souveraine est aux yeux du gouvernement israélien "une menace grave" qui "ne restera pas sans réponse" . Benjamin Netanyahou refuse pour l’heure de révéler ses intentions. Mais certains scénarios sont déjà évoqués, tous de mauvais augure pour les Palestiniens.

Dans l’hypothèse probable que les Palestiniens n’obtiennent pas la pleine adhésion à l’Onu, la reconnaissance de leur Etat par l’Assemblée générale restera virtuelle et n’instaurera pas automatiquement leur souveraineté sur le terrain. L’entité qui devrait légalement rester en vigueur dans l’immédiat est l’Autorité palestinienne, née des accords d’Oslo conclus en 1993 et 1995 par Israël et l’OLP. Accords qui forment jusqu’à ce jour la base des relations israélo-palestiniennes.

Or, pour le gouvernement Netanyahou, la démarche unilatérale de Mahmoud Abbas auprès de l’Onu viole ces accords de façon irréparable. Les voix se multiplient donc au sein du gouvernement pour qu’Israël les abroge dès que l’Onu aura reconnu la Palestine. Cette abrogation remettrait le statut de l’Autorité palestinienne en question, et pourrait entraîner une réoccupation israélienne de la totalité des territoires.

Ou en tout cas de toute la Cisjordanie. Car Israël n’est pas pressé de réoccuper Gaza.

L’extrême droite israélienne veut aller encore plus loin et annexer une fois pour toutes, si pas l’ensemble de la Cisjordanie, en tout cas les deux tiers qu’Israël en occupe actuellement. Car de toute façon, les Palestiniens ne contrôlent aujourd’hui qu’un tiers de la Cisjordanie. Notamment, les zones urbaines que les accords d’Oslo ont rendues entièrement autonomes et les zones rurales dont l’Autorité palestinienne partage la gestion avec Israël. Israël continue à occuper pleinement deux tiers de la Cisjordanie, où sont installées l’armée et les colonies juives.

Théoriquement, quoique aux mains du Hamas aujourd’hui, Gaza est aussi un territoire autonome de l’Autorité palestinienne, en vertu des accords d’Oslo. Jérusalem-Est n’appartient en rien aux Palestiniens, avec ou sans Oslo, du moins aux yeux du gouvernement Netanyahou, vu qu’Israël l’a annexée dès après la guerre de 1967.

Mais selon les observateurs ici, le scénario le plus réaliste sera le statu quo. Israël ignorera l’indépendance palestinienne, maintiendra sa propre inertie diplomatique et poursuivra la colonisation juive de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.

Tout cela ne mènera qu’à des crises.

Les Palestiniens étudient donc diverses options eux aussi. Utiliser leur reconnaissance onusienne pour saisir les tribunaux internationaux et y attaquer Israël comme occupant illégal d’un territoire étranger. Ou démanteler l’Autorité palestinienne de leur propre initiative et se placer sous protectorat de l’Onu. Ou encore, demander la citoyenneté israélienne en vue de "noyer" l’Etat juif dans une majorité démographique arabe.

La rue palestinienne, en tout cas, n’attendra pas. Elle menace de se déchaîner si sa nouvelle indépendance est piétinée par Israël. Israël se prépare donc à affronter une "troisième intifada". Tsahal est déjà en train de consolider son dispositif antiémeute et d’entraîner non seulement ses soldats, mais aussi les colons qui sont armés en permanence. R.-A. G., à Jérusalem