Cuba a choisi le 50e anniversaire de l’échec de l’attaque américaine de la Baie des Cochons (il s’agit d’un poisson local, pas de porcs, le même mot - "cochino" - désignant les deux animaux) pour ouvrir samedi le 6e congrès du Parti communiste cubain, quatorze ans après le 5e.

Du 17 au 19 avril 1961, les Etats-Unis tentèrent un débarquement à Playa Giron (du nom d’un pirate français du XVIIe siècle) avec des anticastristes cubains, afin de renverser Fidel Castro, avant d’être repoussés par les soldats et les miliciens cubains. L’opération, organisée par la CIA - qui pensait rééditer facilement son coup d’Etat de 1954 au Guatemala contre le président démocratiquement élu Jacobo Arbenz - avait été approuvée par Dwight Eisenhower en mars 1960, puis par le jeune président Kennedy le 4 avril 1961, et précédée d’une campagne d’attentats et de sabotages sur l’île.

Elle se solda par 107 morts côté américain (161 chez les défenseurs cubains), 1 200 prisonniers et un indéniable accroissement de la popularité de Fidel Castro à Cuba. Kennedy déclara que "le premier conseil que je donnerai à mon successeur sera de surveiller les généraux et d’éviter de penser que parce qu’ils sont militaires, leur opinion sur des matières militaires vaudrait quelque chose "; il força à la démission les trois principaux chefs de la CIA.

L’opération entraîna un rapprochement de Castro avec Moscou - en partie pour être protégé - qui se traduisit, un an et demi après l’échec américain de la Baie des Cochons, par l’envoi de missiles nucléaires russes sur l’île et la fameuse "crise des missiles ", qui faillit provoquer une guerre nucléaire entre les deux Grands.

Auparavant, en février 1962, Kennedy avait décrété un embargo financier et économique contre Cuba, toujours en vigueur aujourd’hui et plusieurs fois renforcé en un demi-siècle. Cet embargo a été condamné par l’assemblée générale de l’Onu.

Cuba résista assez bien à cet arsenal d’entraves économiques grâce à l’appui de l’URSS. Mais depuis la chute du mur de Berlin (1989), cette aide a disparu, laissant l’île de onze millions d’habitants seule face à l’hostilité de la plus grande puissance mondiale.

Entre-temps, Cuba a été le seul pays d’Amérique latine où l’armée n’a jamais attaqué la population. Elle est cependant intervenue dans 17 révolutions en Afrique, d’où l’Etat cubain n’a ramené aucune richesse, seulement ses morts, au nom de "la solidarité internationaliste". Sur l’île, la liberté de pensée et toute dissidence ont toujours été réprimées et le PC reste le seul parti autorisé.

En outre, "le modèle cubain" , inspiré du soviétique, s’est bien essoufflé et, depuis l’effacement de Fidel Castro au profit de son frère cadet, Raul, en 2006, des changements économiques ont dû être introduits pour le rapprocher de l’économie de marché : fin de "l’égalitarisme salarial" pour accroître la productivité; ouverture des terres d’Etat non cultivées aux exploitants privés; meilleure rémunération des produits agricoles locaux; autorisation des petits marchés agricoles pour producteurs privés; suppression des entraves à l’achat, par des privés, de produits technologiques importés (machines agricoles, téléphones portables, ordinateurs, DVD ). Cuba s’apprête même "à réduire la taille" de son réseau de santé, qui lui a valu d’être régulièrement mieux classée que les Etats-Unis dans les statistiques de l’Onu.

Côté américain, en revanche, les efforts de rapprochement ont été dérisoires : à peine a-t-on partiellement facilité - puis réduit, puis rétabli - les voyages de Cubains des Etats-Unis et les envois d’argent vers l’île. Sans doute parce qu’il n’y a pas de dollars à y gagner, contrairement aux rapprochements avec Pékin, Moscou ou l’ex-ennemi vietnamien

En réalité, Washington n’a pas été capable d’élaborer une politique de rechange envers Cuba après avoir misé pendant un demi-siècle uniquement sur la chute d’un régime qui se sera révélé le plus stable du continent.