Parcours Sonia Delesalle-Stolper Correspondance à Londres

Habituellement, lorsque la photo d’un jeune soldat s’affiche dans les médias britanniques, c’est pour signaler sa mort en action, le plus souvent, ces dernières années, en Afghanistan. Mais hier, la photo de Lee Rigby, 25 ans, souriant dans son uniforme chamarré, a pris un tout autre sens. Elle signifiait que, pour la première fois depuis huit ans et les attentats à la bombe du 7 juillet 2005, Londres a été touchée par un acte terroriste.

Cette fois-ci pourtant, pas de bombes, de rames de métro ou de bus déchiquetés, ce terrorisme est d’une autre nature. Lee Rigby, qui se dirigeait vers sa caserne de Woolwich, dans le sud-est de Londres, est tombé sous les coups de deux individus apparemment isolés. Après l’avoir renversé avec une voiture, les deux hommes se sont acharnés sur le jeune homme avec des couteaux et un hachoir de boucher, avant de traîner son corps et de l’abandonner au milieu de la rue. Lee Rigby avait servi en Afghanistan.

Pendant une dizaine de minutes glaçantes, les tueurs ont harangué les passants, les incitant à les filmer, engageant le dialogue avec certains. L’un d’eux, les mains ensanglantées, tenant toujours un couteau et un hachoir, a tenu devant la caméra du passager d’un bus des propos politiques, citant Allah, réclamant le retour des troupes britanniques déployées en Afghanistan. Ce sont ces mots qui ont très rapidement mis les autorités sur la piste d’une attaque terroriste. Et le fait que les deux hommes, qui seraient tous deux britanniques et pour au moins l’un d’entre eux d’origine nigériane, ont visiblement attendu sur les lieux de leur crime l’arrivée de la police.

"Le fait que les attaquants n’aient pas essayé de fuir la scène, combiné avec leur interaction avec les passants, semble indiquer un effort pour maximiser la publicité de l’attentat et s’assurer que leur message soit enregistré et largement diffusé", a expliqué Matthew Henman, analyste au centre de recherche sur le terrorisme Jane’s Terrorism and Insurgency Centre (JTIC). "Et le fait qu’ils aient apparemment tenté d’attaquer la police pourrait être expliqué par le fait qu’ils espéraient être tués, peut-être pour être alors considérés comme des martyrs dans l’ensemble de la communauté islamiste militante."

Un chrétien converti

Ce n’est qu’hier en fin de journée que les premiers éléments sur les meurtriers se sont fait jour. L’un des agresseurs, celui longuement filmé par un passant, serait Michael Adebolajo, un jeune homme de 28 ans, né en 1985 dans le sud de Londres, dans une famille extrêmement chrétienne. Ce n’est que vers quinze ou seize ans qu’il aurait commencé à s’intéresser à l’islam, avant de se convertir en 2003.

La police britannique a annoncé jeudi l’arrestation d’un homme et d’une femme, tous deux âgés de 29 ans, soupçonnés d’implication dans le complot. Des perquisitions ont par ailleurs été effectuées à cinq adresses de la capitale et à une sixième à Lincoln, précisent les forces de l’ordre.

Connus des services secrets

Pourtant, des sources proches des services de sécurité ont confié à la BBC que les deux hommes étaient connus des services secrets du MI5. Michael Adebolajo aurait même été arrêté alors qu’il s’apprêtait à se rendre en Somalie l’an dernier pour rejoindre le groupe islamiste Al Ahabaab. Il aurait un temps côtoyé l’organisation islamiste Al Muhajiroun, interdite d’activités au Royaume-Uni en 2010 par les autorités dans le cadre de la lutte antiterroriste. Aucun de ces éléments n’a été confirmé officiellement, mais recoupés grâce à des témoignages sur des forums internet de personnes qui auraient reconnu Adebolajo.

"Pour des raisons opérationnelles, je suis limité dans les détails que je peux fournir, mais je peux confirmer qu’il s’agit d’une enquête qui avance vite et que la police a perquisitionné un certain nombre de lieux", a déclaré le commissaire adjoint Mark Rowley. Avant d’ajouter : "mon principal message aux Londoniens est de rester calme".

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